JOUR 78 - Lean In - En avant toutes, Sheryl Sandberg - Partie 2

JOUR 78 - Lean In - En avant toutes, Sheryl Sandberg - Partie 2

Ok, partie 2 ! 

C’est un livre qui aide à faire le point, à quelque stade que l’on se trouve de sa carrière. Il accompagne dans le décodage de situations systémiques et dans l’analyse de son propre comportement. Il n’idéalise pas la situation sur le mode du « vous pouvez tout faire, voici la recette vers le succès » ; il n’est pas non plus larmoyant et invite à faire son auto-inspection, prendre des décisions aussi éclairées que possible et implanter des changements à sa mesure.

Quelques uns des éléments qui ont particulièrement retenu mon attention :

- Le fait que le succès d’une femme soit mal vu. En résumé, des études montrent qu’autant le succès est corrélé positivement chez un homme (il peut être apprécié d’autant plus qu’il a du succès professionnel), autant il est corrélé négativement chez une femme (son succès professionnel tend à faire qu’elle est moins appréciée). L’idée sous-jacente est qu’on s’attend à ce qu’une femme soit d’abord gentille. Toute attitude qui montrerait qu’elle n’est pas d’abord gentille « créer une impression négative et nous met mal à l’aise. » Cela « complique tout, parce qu’au moment même où une femme doit se mettre en avant et s’approprier leurs succès, agir ainsi fait qu’elle est moins appréciée. » Or, être apprécié est crucial dans l’avancement d’une carrière - chacun préfère travailler avec des gens « sympas ».

- Le fait que oui, les hommes négocient beaucoup plus que les femmes ; mais qu’il est plus intéressant de se demander pourquoi. De fait, négocier peut, pour une femme, effectivement se retourner contre elle :

 « Comme on s’attend de la part des femmes qu’elles se soucient des autres, dès lors qu’elles plaident leur propre cause ou mettent en avant leur propre valeur, les hommes comme les femmes réagissent de manière défavorable.» 

Aussi le livre propose-t-il une approche qui, si elle ne résout pas tout dans l’absolu, offre au moins des pistes pragmatiques à celles qui se retrouvent confrontées à une situation de négociation de nos jours. La première idée est que, tout en ayant des objectifs personnels, il s’agit de montrer une attitude qui met avant la communauté (=souci des autres…) : « Chaque fois que c’est possibles, les femmes devraient remplacer le « je » par « nous ». La demande d’une femme sera mieux reçue si elle affirme « Nous avons fait une super année », plutôt que « J’ai fait une super année. » Et même là, ce n’est pas assez : « D’après le professeur Bowles, la seconde chose que les femmes doivent faire et d’apporter une explication légitime à la négociation. » Enfin, être gentille ne suffit pas : « La gentillesse envoie un message selon quelle la femme est prête à sacrifier sa rémunération pour être appréciée par les autres. Aussi, même si elle est importante (pour rester appréciée), il faut « combiner la gentillesse avec l’insistance, un style que Marie Sue Coleman, la présidente de l’université du Michigan, appelle « agréable avec acharnement ». On est d’accord, rien d’idéal côté féminisme… Sheryl Sandberg est d’accord, et espère que ce type de compromis avec la réalité n’est que temporaire : « Mon espoir, évidemment, est que nous n’aurons pas besoin jouer pour toujours selon ces règles archaïques et qu’à terme, nous pourrons tous juste être nous mêmes. » 

- Il faut le lire aussi pour toutes les questions du rapport entre maternité et vie professionnelle. Sheryl Sandberg a elle-même deux enfants et raconte le détail de ses décisions, du type de compromis trouvés avec son partenaire, de la manière dont cela a changé son attitude au travail, etc. Elle prend soin dans ces chapitres de partager sa propre expérience et ses difficultés, tout en les remettant en contexte (notamment celui d’une femme ayant la chance d’avoir une situation sociale confortable et d’être entourée). Surtout, elle a à coeur de déculpabiliser et alléger la pression qui pèse sur les femmes (et qu’elles souvent les premières à s’imposer à elles-mêmes). « Personne ne peut avoir deux emplois ) temps plein, des enfants parfaits, cuisiner trois repas et avoir plusieurs orgasmes avant l’aube. » Sur ces sujets, elle insiste sur le rôle du compagnon : dans le même temps où les femmes qui le souhaitent doivent pouvoir s’affirmer dans la vie professionnelle, les hommes qui le souhaitent doivent pouvoir s’affirmer dans la vie familiale ; ce qui implique également des évolutions de mentalité profondes à la fois individuelles et sociétales. Nota : Sheryl Sandberg a perdu son compagnon brutalement, deux ans après la sortie de ce livre. Elle a depuis repris la parole publiquement sur Facebook pour exprimer combien elle avait sous-estimé, dans l’ouvrage, le poids que devait porter une mère seule.

De nombreux sujets m’ont interpellée : comment changer les équilibres de discriminations systémiques dans une institution (par ex une université où les étudiants américains réussissent mieux que les femmes ou les étudiants internationaux) ? Quel rapport avoir avec le mentorat (et pourquoi il ne faut surtout pas chercher un mentor à la manière dont on attendrait le prince charmant…) ? Quel critère prendre en compte pour choisir une nouvelle opportunité professionnelle (indice : la rapidité de la croissance) ?  etc.

Cet ouvrage apportera de nombreux éléments de réflexions aux femmes qui s’interrogent, non pas dans leur rapport à leur métier (que souvent elles effectuent très bien et qui leur apporte satisfaction) mais bien dans leur rapport à leur carrière (choix professionnels, reconnaissance, statut social, relations, avancement, équilibre avec la vie privée).

G.C.

VO : Lean In, Sheryl Sandberg. Alfred A. Knopf. 2013

VF : En avant toutes, Les femmes, le travail et le pouvoir, Sheryl Sandberg. Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn. JC Lattès, 2013.

Sheryl Sandberg, née en 1969, est l'actuelle directrice des opérations (COO) de Facebook. Elle était auparavant vice-présidente des Ventes et opérations internationales en ligne (Global Online Sales and Operations) chez Google. Elle figure parmi les 50 femmes d’affaires les plus puissantes du monde d’après le magazine Fortune et parmi les 100 personnalités les plus influentes selon le Time.

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