JOUR 71 - Room, Emma Donoghue

JOUR 71 - Room, Emma Donoghue

De ce livre, il est difficile de raconter quoi que ce soit parce qu’on prendrait le risque de spoiler même concernant les vingt premières pages. L’édition anglaise ne dévoile rien de l’histoire sur la 4ème de couverture et c’est parfait de plonger le texte avec très peu d’éléments (je déconseille de lire le résumé de l’édition française sur les sits marchands, il en dit beaucoup trop à mon sens !)

Tout ce que l’on peut dire c’est : pour le petit Jack, du haut de ses cinq ans, la Chambre constitute l’univers entier. Il la connaît dans ses moindres détails. C’est là où il est né et c’est là où, avec Ma, il mange, joue, apprend.

«On a des milliers de choses à faire tous les matins, comme donner une tasse d'eau à Madame Plante, dans Monsieur Evier pour pas en renverser partout, et après remettre le pot sur sa soucoupe, sur Madame Commode. Avant, Madame Plante habitait sur Madame Table, mais la figure dorée du bon Dieu lui a brûlé une feuille. Il lui en reste neuf de ma largeur de main et toutes couvertes de fourrure. »

La narration est faite à la première personne, du point de vue de Jack. Elle créé un filtre déformant au travers duquel l’intrigue du roman apparaît par interstices : comment l’enfant vit et comprend des événements que l’on analyse avec notre prisme d’adulte. Plus l’on comprend le noeud de l’histoire, plus l’on est partagé entre l’horreur et la tendresse. La voix de Jack sonne d’une justesse déconcertante.

Pour l’autrice, au-delà d’une exploration de situations limites, il s'agit dans l’essentiel d’une exploration sur le fait d’être parent - d’être mère, ici : 

« Le drame essentiel de la parentalité : comment l’on passe d’un instant à l’autre du rôle de celui qui console à celui qui persécute, tout comme les enfants passent leur temps à illuminer notre vie et à nous rendre fous. J’ai essayé de saisir cette étrangeté et ce paradoxe. Devenir parent suscite les émotions les plus folles qu’on puisse ressentir. » 

L’histoire démarre sur le très intime et, à mesure de son avancée, aménage des ouvertures qui permettent de décentrer légèrement le regard sur notre société.Le genre de livres qu’on a du mal à lâcher du fait de sa maîtrise du rythme, du suspense et des nuances. À engloutir en un ou deux jours. 

G.C. 

Room, Emma Donoghue. Traduit de l’anglais par Virginie Buhl. Éditions Stock, 2011. Date de publication originale : 2010.

Emma Donoghue, née le 24 octobre 1969 à Dublin, est une historienne, romancière et dramaturge irlandaise qui vit maintenant au Canada. Son roman Hood (1995) reçoit le Stonewall Book Award et Slammerkin (2000) obtient le prix Ferro-Grumley de la fiction lesbienne. Son dernier recueil de nouvelles, Touchy Subjects, paraît en 2006. Son roman Landing (2007) dépeint la relation à longue distance entre une conservatrice canadienne et une hôtesse de l'air irlandaise. Emma Donoghue est l'une des « Quatre » auteurs lesbiens anglo-saxonne ou nées en Europe (avec Jeanette Winterson, Sarah Waters et Ali Smith) à être considérée comme ayant profondément enrichi et éveillé un intérêt général pour la littérature gay/lesbienne.

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