JOUR 67 - Histoire de Blondine, La Comtesse de Ségur, Dessins de Mette Ivers

JOUR 67 - Histoire de Blondine, La Comtesse de Ségur, Dessins de Mette Ivers

Un album jeunesse en mode madeleine de Proust : l’histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon est extraits des Nouveaux contes de fées.

Ce conte raconte l’histoire du roi Bénin, dont l’épouse Doucette meurt peu de temps après la naissance de leur fille, Blondine. Aimé de tous, il est poussé à se remarier ; mais (évidemment), sa nouvelle épouse, la princesse Fourbette, prend Blondine en grippe. Alors que la petite fille atteint ses sept ans, la nouvelle reine corrompt un de ses pages pour la faire perdre dans la forêt enchantée et interdite qui borde le palais… Dans cette forêt, Blondine va trouver un château enchanté où une biche bonne et sage règne sur un royaume d’animaux. Seul être doué de parole, la reine-biche fait son possible pour rendre le séjour de Blondine aussi agréable et fructueux que possible. Accueillie et choyée, la jeune princesse n’oublie pour autant pas son cher père qu’elle désire revoir, et n’est au bout ni de ses émerveillements, ni de ses peines.

Cette histoire, illustrée à merveille par Mette Ivers d’un trait délicat dans une atmosphère mi-réaliste, mi-fantastique, me fascinait. Je la relis ce soir et je comprends pourquoi. L’héroïne vit un parcours initiatique réel, et réellement effrayant : à chaque étape, j’avais peur pour elle et m’inquiétait de la tournure que prendrait son histoire. Le conte alterne les moments d’enchantements et ceux de tragédie. Je trouvais magique qu’à son réveil dans « La forêt des lilas », elle tombe nez à nez avec un chat blanc qui lui amène, soigneusement empaquetées dans un linge blanc, des tartines beurrées.

« À peine eut-elle achevé ces paroles, que Beau-Minon miaula encore et lui montra avec sa petite patte un paquet posé près d’elle et qui était enveloppé dans un linge fin et blanc. Elle ouvrit le paquet et y trouva des tartines de beurre ; elle mordit dans une des tartines, la trouva délicieuse, et en donna quelques morceaux à Beau-Minon, qui eut l’air de les croquer avec délices. »

Dans le château, une magie va la faire grandir d’une manière particulière, à rendre jaloux.se nombre d’enfants. À l’inverse, les épreuves qu’elle devait affronter me laissaient aussi songeuse admirative - pouvait-on vraiment endurer cela ?

« J’ai prié, supplié la reine des fées de vous épargner au moins cette dernière douleur, mais elle a été inflexible. »

Le conte est sous-tendu évidemment par des messages sur les attitudes morales à adopter ; la gratitude, l’obéissance, le repentir, la patience…

« — Ah ! dit Blondine, quand je devrais passer des années à pleurer ma faute, je ne me la pardonnerais pas encore : je ne me la pardonnerai jamais. »

Et en même temps, les « erreurs » de l’héroïne sont indispensables à l’avancement de l’histoire et à la nature de son dénouement final. Qui plus est, même lorsqu’elle est commet les pires erreurs (ou fautes, si l’on reste dans le registre moral) et qu’elle semble perdue, Blondine reçoit toujours une forme de soutien. Aussi un équilibre se créé-t-il entre l’action spontanée, impulsive de l’héroïne, qui engendre des épreuves immédiates, et l’action qui résulte de la sagesse qu’elle acquiert au fil du conte. Les deux sont nécessaires pour que le récit (la vie) se déroule, faisant du conte un porteur de message moral mais non moralisateur ; et de l’héroïne un personnage auquel j’avais envie de m’identifier. 

Bref, à le relire j’ai retrouvé le plaisir teinté de fascination et d’effroi que j’éprouvais petite.

G.C.

Histoire de Blondine, Comtesse de Ségur, Dessins de Mette Ivers. Éditions Hatier, 1989. 

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur, est une femme de lettres française d'origine russe. Arrivée en France à l âge de dix-sept ans, elle épouse, trois ans plus tard, le comte de Ségur. Elle commence à écrire à l’âge de cinquante-cinq ans, alors qu'elle est déjà grand-mère. On raconte que la comtesse de Ségur a commencé à se consacrer à la littérature pour enfants quand elle a écrit les contes qu’elle racontait à ses petits-enfants et qu’elle les a regroupés pour former ce qui s’appelle aujourd’hui Les nouveaux contes de fées.  

D'origine danoise, Mette Ivers est une illustratrice française pour la jeunesse, née le 18 mai 1933 à Boulogne-Billancourt. L’œuvre de Mette Ivers se partage entre peintures et illustrations : Bayard, Hatier, Hachette, L'École des Loisirs, …

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JOUR 68 - Dentifricetristesse crèmemiroir, Kim Hyesoon

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