JOUR 54 - La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette

JOUR 54 - La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette

Mademoiselle de Chartres, âgée de seize ans, est introduite par sa mère à la cour de Henri II. Le prince de Clèves en tombe immédiatement amoureux, et quoi que la réciproque ne soit pas vraie, ils se marient. Lors de leurs fiançailles, Mademoiselle de Chartres danse avec le duc de Nemours. Un amour mutuel naît entre eux, qu’ils ne peuvent faire vivre dans une relation qui ne pourrait être qu’illégitime. Au milieu de la cour où tous les regards sont à l’affût des moindres intrigues, où l’hypocrisie et les faux-semblants règnent, ces trois personnages évoluent en tâchant de rester maîtres d’eux-mêmes et des vérités qu’ils dissimulent ou dévoilent.

Deux choses m’avaient marquées à la lecture de ce roman ; d’une part la beauté du style, l’aisance avec lequel il décrivait les sentiments et pensées des personnages. Chaque phrase apporte une nuance à l’émotion dont le personnage est traversé, aux pensées qui l’agitent.

« Elle ne pouvait s’empêcher d’être troublée de sa vue, et d’avoir pourtant du plaisir à le voir ; mais, quand elle ne le voyait plus, et qu’elle pensait que ce charme qu’elle trouvait dans sa vue était le commencement des passions, il s’en fallait peu qu’elle ne crût le haïr, par la douleur que lui donnait cette pensée. »

D’autre part, la beauté des personnages. Les protagonistes sont des personnages empreints d’une noblesse qui n’est pas que de statut. Chacun s’efforce, sans toujours y parvenir, d’être le meilleur possible - moral, honnête, droit, courageux, loyal, compréhensif. Pour autant, ils sont mis dans les situations qui mettent le plus à l’épreuve ces valeurs qui sont les leurs : c’est là où le roman, évidemment, met son intrigue et sa tension dramatique. On est parfois tentés de se dire qu’il leur serait plus simple d’être moins parfaits - et en même temps on est comme eux rattrapés à la fois par la réalité de leur contexte, à savoir l’atmosphère et le fonctionnement de la cour ; et de leurs principes moraux.

« Vous m’avez donné de la passion dès le premier moment que je vous ai vue ; vos rigueurs et votre possession n’ont pu l’éteindre : elle dure encore : je n’ai jamais pu vous donner de l’amour, et je vois que vous craignez d’en avoir pour un autre. Et qui est-il, madame, cet homme heureux qui vous donne cette crainte ? depuis quand vous plaît-il ? qu’a-t-il fait pour vous plaire ? quel chemin a-t-il trouvé pour aller à votre cœur ? Je m’étais consolé en quelque sorte de ne l’avoir pas touché, par la pensée qu’il était incapable de l’être. (…) La confiance et la sincérité que vous avez pour moi sont d’un prix infini : vous m’estimez assez pour croire que je n’abuserai pas de cet aveu. Vous avez raison, madame, je n’en abuserai pas, et je ne vous en aimerai pas moins. Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donnée à son mari. »

Classique de la littérature française aux personnages touchants et style d’une précision et finesse savoureux. Un roman que je m’étais surprise à trouver passionnant au-delà de l’histoire de la littérature dans laquelle il s’inscrit (il me donnait simplement envie de « savoir la suite »), et que, des années après l’avoir découvert, j’ai envie de relire. 

G.C.


La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678.

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, née le 18 mars 1634 à Paris et décédée le 25 mai 1693 dans la même ville, est une femme de lettres française. Issue d’une famille de la petite noblesse, c’est en 1651 qu'elle devient dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche et commence à acquérir une éducation littéraire auprès du grammairien Ménage. Ce dernier l’introduit dans les salons littéraires en vogue de Catherine de Rambouillet, de la Marquise du Plessis-Bellière et de Madeleine de Scudéry. Établie de façon définitive à Paris en 1659, elle fait paraître anonymement La Princesse de Montpensier en 1662. De 1655 à 1680, elle sera étroitement liée avec La Rochefoucauld et côtoie certains des grands esprits littéraires de son temps tels que Racine et Boileau. Son oeuvre la plus célèbre, La Princesse de Clèves, est éditée en mars 1678.

JOUR 55 - Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimananda Ngozi Adichie

JOUR 55 - Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimananda Ngozi Adichie

JOUR 53 - La Servante écarlate, Margaret Atwood // Chronique de Claire Porcher

JOUR 53 - La Servante écarlate, Margaret Atwood // Chronique de Claire Porcher