JOUR 51 - Tamara Drewe, Posy Simmonds

JOUR 51 - Tamara Drewe, Posy Simmonds

Roman graphique qui m’a bluffée par sa maîtrise. Maniant de multiples personnages, une histoire complexe, des modes narratifs expérimentaux, il donne une illusion de facilité à la lectrice ou au lecteur, lequel passe un très bon moment de lecture… tout en méditant au passage.  

L’histoire elle-même aurait des parfums surannés, n’était-ce qu’elle inclut toute la modernité des médias, de la presse, des enjeux de société contemporains au milieu de ces histoires humaines au fond d’un cottage anglais.

Beth et Nicholas sont un couple qui dure depuis vingt-cinq ans. Ensemble, ils tiennent une résidence d’artistes qui accueille, dans un calme olympien, les écrivains de tout poil venus se ressourcer à la campagne et créer. Enfin, c’est surtout Beth qui gère l’ensemble ; Nicholas, de son côté, est écrivain à succès et coureur invétéré. Tamara Drewe, quant à elle, est la jolie voisine qui s’est fait refaire le nez et fait tourner les têtes.

Je trouve cette bande-dessinée redoutablement efficace. Les pages sont gérées avec une maîtrise qui leur donne une élégante simplicité, toute au service de l’histoire. En même temps, le mélange du texte et des images complexifie la perception des personnage et de l’histoire. L’autrice insert, sur presque chaque page, un pave de texte qui relate à la première personne les pensées d’un des personnages. On lit le texte d’abord, et il se trouve enrichi, complété ou nuancé par les cases où le personnage est montré. On est de ce fait, nous lecteurs, dans une double position d’avoir accès à l’intériorité du personnage, et à son extériorité - son apparence sociale. À cela s’ajoutent des “documents” complémentaires : certaines pages incluent les extraits d’un courrier, un prospectus, des couvertures de magazines ou encore le début d’une chronique.

Il y a un sens du rythme dans ses pages qui m’a bluffée - c’est faussement simple, mais la forme et le fond sont en telle adéquation qu’on en oublierait d’admirer le travail qu’il a dû falloir pour en arriver à cette évidence. En passant en monochrome bleu, elle signifie le flash-back. Et ces souvenirs, racontés en quelques cases, sont souvent intégrés eux-mêmes aux pensées du personnage de la bulle située juste après. C’est une solution élégante et dense pour raconter à la fois des épisodes du passé, et le sentiment actuel du personnage qui se les remémore.

L’histoire est extrêmement bien menée. Roman graphique chorale, il nous entraîne au coeur des problématiques de chacun de ces personnages qui ont à la fois trop de points communs et trop de différences. Nous, lecteurs, savons exactement ce que pense et sait chacun, tandis qu’entre eux les non-dits sont de mise. Jeux de regards des uns sur les autres. Cela créé une tension dramatique d’où naît le suspense. À quel moment ce que nous savons sera-t-il révélé au grand jour ? Quel effet cela aura-t-il ? Avons-nous tous les éléments pour deviner comment finira cette histoire ?

Les relations entre personnages prend des allures de tragi-comédie humaine, sans que l’on puisse les réduire à un vaudeville. Sans jamais forcer le jugement ou tirer les larmes, Posy Simmonds analyse les personnages, les fait vivre sous nos yeux et ce sont notamment des rôles de femmes qui émergent. Épouse modèle. Muse. Jeune femme indépendante mais dépendante du regard d’autrui. Adolescentes ennuyées et paumées. Avec un sens de la nuance et du détail à toute épreuve, Posy Simmonds construit des personnages complexes sur fond d’une vision qui me semble très féministe.

G.C.

Tamara Drewe, Posy Simmonds. Traduit de l'anglais par Lili Sztajn. Editions Denoël, 2008. 

Posy Simmonds est une dessinatrice de presse, écrivaine et illustratrice de livres pour enfants et auteure de bande dessinée britannique née le 9 août 1945.

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