JOUR 37 -  Les sentiments du Prince Charles, Liv Strömquist // Chronique de Claire Porcher

JOUR 37 -  Les sentiments du Prince Charles, Liv Strömquist // Chronique de Claire Porcher

Chaque livre de Liv Strömquist est une perle d’humour et d’intelligence, mais je veux parler de celui-ci, parce qu’il parle du carburant qui fait tourner la terre  : l’amour. Ou plutôt  : comment les humains ont réussi à bousiller l’amour avec leur talent inimitable pour tout bousiller. 

On part du Prince Charles pendant la conférence de presse qui a suivi ses fiançailles avec Diana Spencer, qui énonce la pire réponse possible à la question « Êtes-vous amoureux ? »  : « Oui… Quel que soit le sens du mot “amour”. » 

On apprendra entres autres par la suite  :

- Que l’on peut gagner des millions de dollars à condition d’être un comique blanc américain qui ne fait que des blagues sur le fait que les femmes sont des emmerdeuses parce qu’elles ont cette idée bizarre de vouloir établir ou entretenir une relation amoureuse.

- Que la manière dont les tâches sont réparties dans les familles hétéronormatives crée une discrimination de la gestion des sentiments chez les enfants (pour simplifier, si c’est toujours maman qui te console quand tu es triste, et que papa a l’air de s’en branler, forcément tu vas finir par croire que les sentiments sont un truc de gonzesse).

- Que la jolie tradition de promettre du sexe seulement après le mariage a été inventée à l’époque victorienne parce que les femmes n’ont plus eu le droit d’hériter… 

En gros c’est Despentes avec moins de gros mots mais avec des dessins et des citations d’universitaires pour bien documenter le propos.

La partie sur Whitney Houston est d’utilité publique et devrait être affichée en très grand dans tous les collèges et lycées  : peut-être que pas mal de maris et compagnons maltraitants seraient moins capables d’enfoncer leurs femmes dans des syndromes de Stockholm horribles si seulement on voyait clair dans leur jeu.

Et puisqu’on n’a visiblement pas appris le respect à Liv Strömquist, tout ce dont elle parle est prétexte pour faire des blagues, forcément très noires parfois, mais généralement légères et bien trouvées. En revanche, je ne suis pas touchée par le dessin. Je comprends son idée de faire un dessin naïf et marrant, mais je trouve qu’il est très accessoire et n’apporte que l’occasion de faire quelques gags visuels, ainsi que des caricatures peu fidèles de célébrités. D’ailleurs, plus Liv Strömquist écrit des livres (qu’il faut TOUS lire, c’est un ordre), moins elle y dessine, plus elle joue avec des collages de photos plutôt méchants et amusants.

Claire Porcher

Les Sentiments du Prince Charles, Liv Strömquist. Rackham, 2016

Née en 1978, Liv Strömquist est auteure de bandes dessinées, journaliste de télévision et animatrice de radio. Après avoir obtenu son diplôme en sciences politiques, elle se consacre aux questions sociales et en particulier à la condition de la femme, aux problèmes du tiers monde et aux politiques d’immigration. Réalisant des bandes dessinées dès l’âge de huit ans, elle publie son premier livre, Hundra procent fett (100% graisse) en 2005, puis Drift malmö(La dérive des pulsions) en 2007, Einsteins fru (Madame Einstein) en 2007, Prins Charles känsla (Les sentiments du prince Charles) en 2010, Ja till Liv (Oui à la vie) en 2011, Kunskapens Frukt (L’origine du monde) en 2014 et Uppgang och fall (Grandeur & décadence) en 2016. Liv Strömquist a travaillé pour le journal suédois Dagens Nyether et les revues Bang et Ordfront Magasin. Elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le prestigieux prix de la satire « Ankan » décerné par le magazine Expressen. Liv Strömquist est une auteure très populaire en Suède et ses livres connaissent toujours un grand succès auprès du public et de la critique.

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