JOUR 343 - La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges

JOUR 343 - La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges

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J’avais lu l’année dernière la biographie d’Olympe de Gouges par Olivier Blanc et j’avais été scotchée. On sentait l’admiration de l’historien pour ce personnage historique qu’il parvenait à merveille à restituer dans son contexte. Cette jeune femme de province est la fille illégitime d’un homme de lettre parisien qui refuse de la reconnaître. Mariée à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 et refusera de se remarier. Elle s’installe à Paris où elle écrit des pièces de théâtre, qu’elle tente tant bien que mal de faire jouer à la Comédie française (les batailles entre les auteurs et les comédiens, et notamment entre Olympe de Gouges et eux, étaient impressionnantes). Avec la Révolution française, elle s’engage dans le débat publique. Royaliste patriote, revendiquant son amour indéfectible de la nation, elle écrit et imprime à ses frais quantité de billets politiques et d’affiches à diffuser dans tout Paris. Elle écrit notamment pour l’abolition de l’esclavage et en faveur des droits des femmes. Elle meurt sous la guillotine en 1793. Son exécution servira d’exemple dans des discours misogyne par la suite pour inciter les femmes à ne pas se mêler de vie publique. Bref, premier conseil : lire la biographie d’Olivier Blanc ! Elle était riche et par moments il faut avoir envie de rentrer dans des détails ; en même temps pour comprendre les nuances d’un personnage haut en couleur, et surtout en courage dans son contexte historique, je l’avais trouvée super.

Bref. Et dans tout ça, en 1791, Olympe de Gouges adresse à la reine Marie-Antoinette cette Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. C’est un texte qui aura peu d’écho à l’époque. Il est redécouvert des siècles plus tard et est considéré après coup un texte pionniers du féminisme.

Quand on le lit, on voit pourquoi. Ce qui est génial, c’est qu’Olympe de Gouges reprend la structure de la Déclaration des droits de l’homme de 1789… Et rajoute les femmes et les citoyennes. L’article 1 par exemple ? « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit. » 

Ça donne lieu à un texte qui met en avant le paradoxe d’une pensée des Lumières prônant l’égalité et la liberté, tout en oubliant la moitié des individus qui composent la nation. Oups… Elle demande un partage égal des richesses entre les sexes ; l’accès des femmes aux charges publiques en fonction des mérites ; le droit de « monter à la tribune »…  

En préambule, elle s’adresse à la reine, qu’elle incite à se servir de ses privilèges pour avancer la cause des femmes (plutôt que de se préoccuper de ses intérêts privés) ; et elle exhorte les hommes à se rendre compte combien la domination qu’ils ont sur les femmes est artificielle. En postambule, elle interpelle les femmes pour qu’elles revendiquent leurs droits sans se soucier de l’avis des hommes que cela dérangerait : elles ont pour elle la raison et la philosophie.  

Ça donne lieu à quelques phrases d’anthologie du genre : 

“La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.” 

(en tout cas on ne l’a pas privée du droit de monter sur l’échafaud elle…) 

ou “Le mariage est le tombeau de l’amour et de la confiance” ; 

mais aussi cet appel : “Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits.”

Ça donne envie de l’ouvrir, non ? 


G.C.

« Femme, réveille-toi ! » Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges. Essai Poche, 2014. Texte original : 1791.

Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, née à Montauban le 7 mai 1748 et morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, est une femme de lettres française, devenue femme politique. Elle est considérée comme une des pionnières du féminisme français. Autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l'esclavage des Noirs.

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