JOUR 341 - No et moi, Delphine de Vigan

JOUR 341 - No et moi, Delphine de Vigan

« Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. »

Ce livre m’a beaucoup trop émue. La scène d’ouverture est très quotidienne : un professeur distribue les dates d’exposé à sa classe de seconde. Lou a la phobie des exposés et a « oublie » de s’inscrire. 

Manque de bol, son professeur ne l’oublie pas. Sur quoi va-t-elle travailler ? Sa réponse fuse, les sans-abris. À partir de là, le roman développe un récit grave, sur un ton qui laisse place à la grâce. Je l’ai commencé et l’ai lu d’une traite (pendant une nuit d’insomnie comme en fait l’héroïne, c’était parfait).

Adolescente surdouée, secrètement amoureuse, Lou se passionne pour les mots, les expériences scientifiques du quotidien et ce que lui apprennent les encyclopédies. 

Mais avec cet exposé, elle rencontre No, une jeune femme sans-abri à peine plus âgée qu’elle. Et se lance dans une aventure qui vise à défier ce qui est écrit.

« À partir de quand il est trop tard ? Depuis quand il est trop tard ? Depuis le premier jour où je l’ai vue, depuis six mois, deux ans, cinq ans ? Est-ce qu’on peut sortir de là ? Comment peut-on se retrouver à dix-huit ans dehors, sans rien, sans personne ? Sommes-nous de si petites choses, si infiniment petites, que le monde continue de tourner, infiniment grand, et se fout pas mal de savoir où nous dormons ? »

L’histoire est racontée du point de vue de Lou, merveilleuse gamine de 13 ans à la fois trop âgée et trop jeune pour son monde familial et lycéen (elle m’a un peu fait penser à Paloma de L’Élégance du hérisson). Décalée, idéaliste et animée par un profond désir d’être cohérente, elle est touchante. 

C’est par son regard et les informations qu’elle reçoit qu’on comprend ce qu’il se passe ; et parfois, comme elle, on rate des signaux ou on veut les sous-estimer pour préserver ce en quoi l’on veut croire.

Une histoire à la Roméo et Juliette, où les liens défient les codes, mais pour une amitié féminine. Plusieurs personnages très beaux, dont un personnage masculin qui, sur une note plus discrète, est à la hauteur de l’héroïne. Et en mineure, des personnages secondaires tout aussi réussis. Un conte où la tendresse essaye de le disputer aux dictats sociétaux.

« Moi, je suis peut-être utopiste, n’empêche que je mets des chaussettes de la même couleur, ce qui n’est pas toujours son cas. Et pour exhiber une chaussette rouge et une chaussette verte devant trente élèves, on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut avoir un petit coin de sa tête accroché dans les étoiles. »

G.C.

No et moi, Delphine de Vigan. Editions J.C. Lattès, 2007. Livre de Poche, 2009.

Née en 1966, Delphine de Vigan est une autrice française. Ancienne directrice d’études, elle a publié plusieurs romans, dont No et moi, Prix des libraires 2008 et adapté en 2010 au cinéma par Zabou Breitman, Les Heures souterraines ou encore Rien ne s’oppose à la nuit, lauréat en 2011 de plusieurs prix littéraires. En 2015, elle publie D’après une histoire vraie, lauréat du Goncourt des lycéens. Ses romans sont traduits dans plus d’une vingtaine de langues.

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