JOUR 340  - My Favorite Thing is Monsters, Emil Ferris

JOUR 340  - My Favorite Thing is Monsters, Emil Ferris

Claque visuelle et narrative ? Bonjour, voici le roman graphique d’Emil Ferris ! Il a raflé une dizaine de prix de bande-dessinée, eu une réception critique phénoménale, et est encensé par Art Spiegelman. Il vous en faut plus ?

Sérieusement, ce roman graphique est une somme… Une somme hallucinée où chaque planche est un morceau de bravoure de dessin et de composition. Et où l’histoire d’ensemble, après quelques pages d’acclimatation à l’univers, emporte le.la lecteur.trice dans une enquête aussi surréaliste que (monstrueusement) poignante. 

Récit enchâssé, mise en abîme, multiplicité des personnages, narration du point de vue d’une petite fille qui se prend pour un monstre font de cet ovni un bonheur de complexité narrative. Et très maîtrisé. 

Graphiquement, chaque page, minutieusement créée au stylo bic, est merveilleusement éclectique et tenue. Les couvertures de magazines de monstres des années 60 côtoient les reproductions de tableaux classiques ; pop-culture et antiquités grecques. Des portraits d’un réalisme et d’une charge émotionnelle saisissants émergent au milieu de pages où des personnages semblent des caricatures griffonnées à la hâte. 

Préparez-vous à plonger dans l’univers monstrueusement halluciné d’une petite fille qui, au sein d’une famille plus ou moins fonctionnelle, s’invente détective pour élucider le décès de sa voisine. Ça se passe dans le Chicago populaire des années 60, avec des incursions dans certains des épisodes historiques les plus marquants du XXème siècles.

J’ai mis du temps à démarrer : les cinquante premières pages se sont étalées sur plusieurs soirs. Les trois cent cinquante suivantes se sont fait engloutir en une après-midi. Et sitôt le roman fini, j’ai recommencé à feuilleter des passages, pour les relire à la lumière de ce que la fin me révélait… Je voulais comprendre ; percer le mystère ; élucider ces petits indices mystérieux dispersés ici ou là. J’étais rentrée dedans et méchamment prise au jeu.

Voilà voilà, je recommande 100% l’expérience de lecture saisissante, inconfortable, magnifique, captivante, de cet objet dessiné au style unique.

G.C.

My Favorite Thing Is Monsters, Emil Ferris. Fantagraphics Books, 2017.

Moi ce que je préfère, c’est les monstres, Volume premier, Emil Ferris. Editions Monsieur Toussaint Louverture, 2018.

En 2002, Emil Ferris (née en 1962 à Chicago), mère célibataire et illustratrice, gagne sa vie en dessinant des jouets et en participant à la production de films d’animation. Lors de la fête de son quarantième anniversaire avec des amis, elle se fait piquer par un moustique et ne reprendra ses esprits que trois semaines plus tard, à l’hôpital…  On lui a diagnostiqué une méningo-encéphalite. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra sans doute plus jamais marcher. Sa main droite, celle qui lui permet de dessiner, n’est plus capable de tenir un stylo. Alors qu’elle ne se voit plus aucun avenir, encouragée par son entourage, Emil décide de se battre. Elle va jusqu’à scotcher un stylo à sa main pour dessiner… à force de persévérance, elle s’améliore. Emil décide de prendre un nouveau départ et s’inscrit au Chicago Art Institute, dont elle sortira diplômée. C’est à cette époque qu’elle commence l’écriture de son roman graphique. Elle mettra six ans à réaliser cette œuvre de 800 pages. Après 48 refus, l’éditeur Fantagraphics accepte le manuscrit. Le premier tome de son roman paraît en février 2017. Du jour au lendemain, Emil Ferris est propulsée parmi les « monstres » sacrés de la bande dessinée.

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