JOUR 306 - Les Argonautes, Maggie Nelson

JOUR 306 - Les Argonautes, Maggie Nelson

Lecture pour publique averti ; passages explicites.

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Ce texte d’auto fiction est un mélange de narration et de pensées / essais. Nourri de citations de philosophes, il fait parcourir une réflexion incisive, profonde et actuelle sur la notion de queer (terme qui regroupe les identités sexuelles non-conventionnelles : personnes non-hétéronormées et, ou, non-cisgenres).

Le queer, dans le cas de l’autrice, n’est pas une notion : c’est sa vie. Mariée à une femme, elle raconte leur transformation parallèle. Tandis que Maggie Nelson tombe enceinte, son compagnon franchit enfin le pas d’un changement sexe complet. L’autrice explore son corps de femme, tandis que son compagnon trouve enfin son corps d’homme.

Il y a des passages que j’ai eu du mal à lire, simplement durs / crus. Mais beaucoup sont simplement d’une sincérité et d’une densité de propos marquantes. 

Maggie Nelson prend à bras le corps des sujets classiques ou nouveaux autour de nos identités multiples et fluides. 

C’est comme de lire un carnet de notes très intenses et personnelles. Être amoureuse d’une personne à l’identité fluide. L’expérience d’être une belle-mère. Celle d’assister à une conférence féministe dans laquelle une intervenante en humilie une autre. Vivre de l’intérieur les menaces politiques pesant sur le mariage entre personnes du même sexe. Vouloir tomber enceinte.

C’est aussi la première fois que je lis un accouchement décrit du point de vue subjectif de la mère ; où elle parle de la douleur d’une manière non-romantique, des détails incongrus, du mélange physique et métaphysique de l’expérience que cela représente pour elle. On parle de conception, de naissance et de renaissance à soi.

Paradoxalement, et alors que les parties théoriques m’ont nourrie, il ne m’a pas paru comme un livre à enjeux, théorique ou à message. Plutôt comme un récit très ancré et subjectif d’une famille queer aux États-Unis aujourd’hui.

« Comment expliquer, dans une culture désespérément vouée à la résolution, que parfois l’énigme reste en suspens ? »

G.C.

Les Argonautes, Maggie Nelson. Traduit de l’anglais par Jean-Michel Theroux. Editions Sous-Sol, 2018.

Maggie Nelson est née en 1973. Poétesse, essayiste et journaliste américaine elle est l'auteur d'une oeuvre de non-fiction dans laquelle elle s'affranchit du carcan des genres littéraires établis. Mêlant écriture autobiographique et théorie critique, Maggie Nelson – dont le travail, est comparé à celui de Susan Sontag – a fait de ses questionnements sur la famille, le genre, la violence sexuelle, l'histoire de l'avant-garde et la philosophie des sujets de prédilection.

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