Jour 3 - Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue

Jour 3 - Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue

Jende Jonga, est un camerounais immigré illégalement aux États-Unis. Après avoir enchaîné les petits boulot pendant deux années, Jende parvient à faire venir son amoureuse Neni et leur fils Liomi. Et lorsqu’il décroche un emploi de chauffeur chez Clark Edwards, riche banquier à la banque Lehman Brothers, l’avenir s’éclaircit. Il va pouvoir offrir à Neni les études de pharmacienne dont elle rêve.

Jende et son employeur nouent une vraie complicité qui va jusqu’à rapprocher les deux familles malgré leurs conditions sociales à l’extrême opposée. Pour autant… Le récit commence en 2007, et ne sera pas épargné par la crise de 2008. Celle-ci, ajoutée aux difficultés administratives et personnelles, bousculent les fragiles fondations que le couple commence à bâtir. Jusqu’où le rêve, l’espoir et l’optimisme tiennent-il bon face aux circonstances ?

« Tous ces gens qui disent partout qu’il faut accepter la vie telle qu’elle est, je ne sais pas comment ils font »

Roman tranche de vie qui nous fait entrer dans le quotidien de deux familles ; et met en lumière de façon nuancée la manière dont les rapports de classe s’immiscent - et, quelquefois, s’éclipsent - dans les relations humaines. 

« Toute sa vie, elle avait pensé que la cuisine du Cameroun était la meilleure du monde, mais elle s’était apparemment trompée : les riches Américains étaient des connaisseurs, eux aussi. »

Je me suis beaucoup attachée au personnage de Neni. Jeune femme qui se rêve en Américaine moderne, elle pose son regard surpris sur le pays qu’elle découvre, parfois loin du rêve américain fantasmé. 

« Pour la première fois de sa vie, elle remarquait une chose : la plupart des gens dans la rue marchaient aux côtés d’une personne qui leur ressemblait. (…) Même à New York, même dans cette ville de mélanges, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres composaient leur petit cercle de gens comme eux. »

Au fil du récit, ses difficultés propres s’ajoutent à celles qu’elle partage avec Jende. Son énergie, sa recherche de solution, ses batailles et ses profondes transformations en ont fait, pour moi, le personnage le plus poignant.

« Je n’aime pas cette façon qu’ont les gens de dire aux femmes : « Oh, tu veux tellement de choses, toi, pourquoi tu veux tellement ? » Quand j’étais jeune, mon père me disait ça : un jour, tu vas apprendre que tu es une femme et qu’une femme ne doit pas vouloir autant. » Il me disait que je devais me contenter de la vie que j’avais, même si c’est vie n’était pas ce que je voulais (…). Demain, quand ma fille sera grande, je lui dirai de vouloir tout ce qu’elle souhaite avoir, comme je le dis à mon fils. »

La fin de l’histoire m’est restée en mémoire et a gravé ce livre comme un récit de vie qui touche à l’universel sur l’expatriation : que va-t-on chercher à l’étranger, et que peut-on trouver ? 

“…quiconque partait loin de chez lui ne pouvait revenir sans avoir amassé une fortune ou réalisé son rêve.“

L’autrice. Imbolo Mbue, née en 1982, est une auteure camerounaise, originaire de la ville anglophone de Limbé, qui vit à Manhattan. En 2014, à la Foire du livre de Francfort, les plus grands éditeurs américains font monter les enchères pour publier ce premier manuscrit d'une jeune Camerounaise de 33 ans. C'est finalement Random House qui l'obtient pour 1 million de dollars. Pendant deux ans, elle travaille à améliorer ce manuscrit. Il s’agira du roman Behold the Dreamers, traduit en français par Voici venir les rêveurs.Le roman remporte le PEN/Faulkner Award 2017. (source : Wikipedia)

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue. Belfond. 

G.C.

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