JOUR 296 - Les Pleurs, Marceline Desbordes-Valmore

JOUR 296 - Les Pleurs, Marceline Desbordes-Valmore

Marceline Desbordes-Valmore m’émeut depuis le jour où, dans une anthologie de poésie, j’étais tombée sur Les Roses de Saadi qui avait exercé sur moi une étrange, et prégnante fascination.

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;


Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes


Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.



Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées


Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. 


Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;



La vague en a paru rouge et comme enflammée. 


Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…


Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

J’ai depuis acheté le volume de ses Poésies chez Gallimard. C’est une lecture en cours parce que j’ai envie de la savourer… Alors je vous parle ici uniquement du premier recueil, « Les Pleurs » de 1833.

Je reviens à ce recueil les soirs de calme après les jours de tempête. Il me fait du bien lorsque j’ai besoin de poésie pour mettre des mots sur des sentiments qui connectent aux tourbillons de la vie. Ceux qui rendent la poétesse amoureuse et enjouée, désespérée, nostalgique, mélancolique, loyale, spirituelle… Ses poèmes, comme sa vie, sont d’autant plus intenses qu’elle le dit : « Avant d’avoir vécu, tu ne veux pas mourir. » 


Elle m’émeut le plus lorsqu’elle pose sa plume sur des sentiments fins, ceux auxquels on ne laisse pas toujours la place dans la vie quotidienne ; comme le souvenir délicat d’un paysage perdu :  

« Oh ! N’a-t-on pas détruit cette vigne oubliée,

Balançant au vieux mur son fragile réseau ?

Comme l’aile d’un ange, aimante et dépliée,

L’humble pampre embrassait l’église humiliée

De sa pâle verdure où tremblait un oiseau ! »

La nostalgie de son enfance et de sa mère ; la mélancolie à regarder sa fille qui lui rappelle sa propre jeunesse ; l’amour non réciproque : sur chaque thème, elle mêle fluidité de l’écriture avec des moments de densité rare. Appeler ce poème sur le passé perdu « L’impossible » est, pour moi, en soi un coup de maître :

« Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes (…)

Quand l’amour de ma mère était mon avenir,

Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,

Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !

Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir 

Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme

Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;

Quand toute la nature était parfum et flamme,

Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours… passés » 

G.C.

“Les Pleurs” (1833), in Poésies, Marceline Desbordes-Valmore. Préface d’Yves Bonnefoy. NRF Gallimard, 1983.

Marceline Desbordes-Valmore, née le 20 juin 1786 à Douai et morte le 23 juillet 1859 à Paris, est une poétesse française. Durant son enfance, sa famille entreprend un voyage en Guadeloupe au cours duquel sa mère est emportée par la fièvre jaune. Revenue en métropole, elle devient comédienne à seize ans. Elle se produit à l’Odéon de Paris à partir de 1808. Elle épouse Prosper Lanchantin dit Valmore, acteur, en 1817.  En 1819, elle publie son premier recueil de vers, “Élégies, Marie et romances”, que suivent “Élégies et Poésies nouvelles” (1825), “Poésies” (1830), “Les Pleurs” (1833), “Pauvres fleurs” (1839), “Bouquets et prières” (1843), et plusieurs recueils de contes et nouvelles en prose. Ses poèmes son appréciés pour leur style, leur musicalité et l’émotion vraie qu’ils inspirent. Lamartine, Béranger, Vigny, Baudelaire, Verlaine et Hugo qui sera un ami fidèle, l’admirent. Une pension de 1500 francs et plusieurs prix académiques lui sont accordés. Après avoir perdu quatre enfants, son frère et de nombreuses amies, elle s'éteint dans le désespoir le 23 juillet 1859 laissant un dernier recueil qui est publié à titre posthume

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