JOUR 295 - Lettres à sa fille, Calamity Jane

JOUR 295 - Lettres à sa fille, Calamity Jane

« C’est une bonne chose que tu ne saches pas comment ta mère doit vivre par ici en ces jours agités. Je me mêle de ce qui me regarde, mais rappelle-toi toujours que s’il y a une chose que le monde déteste, c’est une femme qui se mêle de ce qui la regarde. » 

Je suis perplexe : s’agit-il de vraies lettres ? L’appareil critique affirme que oui ; mais les sources en ligne pour le vérifier sont minces… Et à la lecture, je n’arrive pas à croire qu’il s’agisse de vraies lettres : c’est trop percutant, il n’y a pas cette dilatation en détails concrets, inintéressants et indispensables à la vie concrète, que les correspondances ont… Et puis, le stratagème de la correspondance retrouvée a été trop de fois utilisé en littérature pour qu’on ne lève pas un sourcil suspicieux. 

MAIS qu’il s’agisse de vraies lettres ou d’une nouvelle déguisée sous couvert de documents historiques, c’est très émouvant

MÊME SI c’est à double-tranchant : du peu que je connais de Calamity Jane, sa légende renvoie l’image d’une femme hors-du-commun et des normes, émancipée, libre - les lettres en renvoient une image au contraire plus touchante, plus « douce » voire acceptable en un sens : une mère pleurant sa fille. 

Une femme qui n’a que son feu, son cheval et les hurlements des coyotes dans la nuit se penche sur un cahier. Elle s’adresse à sa fille chérie, issue d’une union d’amour, mais qu’elle a fait adopter pour lui éviter de vivre la même vie. Ça parle de combats réels, de doutes profonds sur soi et le rapport à la maternité dans le cours d’une vie hors du commun. 

Le livre est très court, les lettres brèves et denses ; et en quelques mots elles font s’élever dans la poussière tout le far-west américain. Il y a des scènes marquantes. Les Saloons et Buffalo Bill ; les rixes de femmes ; l’enterrement de Jesse James. L’amour pour son cheval Satan. Il y a tout un passage avec des recettes de Calamity Jane, pour lesquelles 25 oeufs sont nécessaires au moindre gâteau, et ça me donne beaucoup plus envie de cuisiner que beaucoup de livres de recettes.  

Dressant un portrait saisissant d’une femme emplie de compassion autant que de regrets ; vivant une vie sur les routes, gagnant son pain où elle le peut et apprenant à lire. Transmettant ce qu’elle peut de son histoire et de son père à la petite fille qu’elle ne voit que de loin en loin, de décennie en décennie. Emportant peut-être, certainement, des secrets dans la tombe

EDIT : après avoir écrit cette chronique, j’ai poursuivi un peu les recherches. Le plus synthétique et éclairant que j’ai trouvé pour l’instant est cet article de Libération. Tout tient à la personne - réelle, elle - qui s’est prétendue être la fille de Calamity Jane et Bill Hickock. Son histoire est hautement controversée par les historiens spécialistes de Calamity Jane du fait d’incohérences et de faits invérifiables ou en contradiction avec ce que l’on sait du personnage. Quoi qu’il en soit, si cette femme a réussi à s’inventer toute une vie connectée à celle de son héroïne, au point d’écrire les lettres qu’elle aurait voulu que cette dernière lui adresse… c’est en soi une histoire de femmes magnifique et digne de roman.  

G.C.

Lettres à sa fille, Calamity Jane. Traduit de l’anglais par Marie Sully et Gregory Monro. Editions Rivages poche. 

De son vrai nom Martha Jane Canary, Calamity Jane (1852-1903) est une icône de l’Ouest américain, qui a inspiré de nombreux réalisateurs, scénaristes ou écrivains. 

JOUR 296 - Les Pleurs, Marceline Desbordes-Valmore

JOUR 296 - Les Pleurs, Marceline Desbordes-Valmore

JOUR 293 - Fifi Brindacier, Astrid Lindgren

JOUR 293 - Fifi Brindacier, Astrid Lindgren