JOUR 293 - Fifi Brindacier, Astrid Lindgren

JOUR 293 - Fifi Brindacier, Astrid Lindgren

C’est pas une madeleine de Proust, mais plutôt une crêpe au sucre de Lindgren.

Je venais de demander au librairie Marelle de Cortazar, d’hésiter entre un Colette et un bouquin de théorie féministe pour finalement ajouter les Lettres à sa fille de Calamity Jane sur ma pile près de la caisse. Et je me suis exclamée : « Je sais ! Vous auriez des Fifi Brindacier ? ». Le libraire m’a regardée une seconde avec un air indéchiffrable ; mi-amusé mi-incrédule ? Mais il a vérifié, il en avait deux. J’ai pris le premier et l’ai feuilleté avec gourmandise : « Ça fait tellement longtemps que je n’en ai pas lu. » Je crois que Cortazar, Calamity Jane et Fifi Brindacier, c’était un combo un peu inattendu. Par contre c’était une très bonne lecture-crêpe-au-sucre du dimanche. 

Elle est super, Fifi Brindacier. Je l’avais oubliée, dans mes héroïnes d’enfance.

Sa mère est morte, son père disparu en mer. Elle vit dans une grande maison meublée avec son singe et son cheval. Elle ne va pas à l’école mais a un coffre au trésor plein de pièces d’or. Elle a des nattes rousses et des taches de rousseur, une robe qu’elle s’est cousue elle-même dans un patchwork bleu et rouge, un nez en petite pomme de terre, et des chaussures trop grandes pour elle. Elle a aussi un nom incroyable :

« Je m’appelle Fifilotta, Provisiona, Gabardinia, Pimprenella Brindacier, fille du capitaine Éfraïme Brindacier, ex-terreur des océans, désormais roi des Mers du Sud.”

Espiègle, joueuse, menteuse, ingérable, sans aucune conscience des bonnes manières, et très très attachante.

« - Bon d’accord, c’était un mensonge, répondit-elle, désolée.

- C’est vilain de mentir, dit Annika qui avait enfin retrouvé sa langue.

- Oui, c’est très vilain, ajouta Fifi, encore plus désolée. Mais tu comprends, il m’arrive parfois de l’oublier. Et comment peux-tu exiger d’une petite fille comme moi qu’elle dise toujours la vérité ? Ma maman est un ange, mon papa est le roi des Mers du Sud et j’ai passé ma vie à naviguer, alors comment veux-tu que j’y arrive ? »

Mais surtout, elle est forte. Très très très forte. Alors on savoure très fort :

« - Il a dit que celui qui parviendra à casser la gueule à ce gros lard empochera cent balles, traduisit Tommy.

-  Moi je peux, dit Fifi. Mais ça me fait de la peine, il a l’air si gentil.

- Mais… mais… Fifi, tu ne peux pas, ajouta Annika, c’est l’homme le plus fort du monde !

- Oui, j’entends bien, l’homme. Mais n’oublie pas que, moi, je suis la petite fille la plus forte du monde. »

Dans son univers cocasse, fantaisiste, décapant, elle entraîne ses petits voisins Tommy et Annika. Qui adorent Fifi, même si leur mère déplore un peu l’état de leurs vêtements quand ils reviennent à la maison. Par exemple, ça ne loupe pas : s’ils partent en pique-nique avec Fifi, un taureau s’en prend à Tommy. Il ne fait pas long feu, le pauvre taureau cela-dit : Fifi lui casse les cornes et grimpe sur son dos pour le laisser s’essouffler tout seul.

« - Regardez-moi danser, avec mon p’tit ami, chantonnait Fifi, toujours juchée sur l’animal. Pour finir, le taureau épuisé s’allongea, ne rêvant que d’une seule chose : qu’il n’y ait pas d’enfant dans ce monde. Du reste, les enfants ne lui avaient jamais paru bien nécessaire. »

C’est un personnage unique - elle me fait un peu penser à un avatar enfant du Docteur de Dr Who, pour ceux qui situent… : vibrante d’énergie, n’ayant aucun intérêt (ou connaissance) des convenances, trouvant toujours une aventure dans laquelle s’embarquer, gentil mais impoli sans le vouloir ; sauvant la mise sans même y penser ; courant devant tout le monde en entraînant deux compagnons ébahis dans son sillage. 

G.C.

Fifi Brindacier, Astrid Lindgren. Traduit du suédois par Alain Gnaedig. Illustrations d’Ingrid Vang Nyman. Editions Le Livre de Poche jeunesse, 2007. Traduction et illustrations de 1995. Édition originale, 1945.

Astrid Lindgren, née dans une ferme suédoise en 1907, commence à écrire en 1944. Elle apporte alors à la littérature pour les enfants fantaisie et chaleur. Elle marque encore aujourd’hui la littérature suédoise et internationale. En 1958, elle a reçu le prix Andersen. Elle est décédée en 2002.

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