Jour 29 - De la chevalerie, Juliette Mancini // Chronique de Claire Porcher

Jour 29 - De la chevalerie, Juliette Mancini // Chronique de Claire Porcher

Des chevaliers ! Des épées ! Des combats ! Des capes ! Des couronnes ! Mais aussi de l’amour, du pouvoir, du sexe, des dialogues qui fusent et des banquets. Le livre de Juliette Mancini, c’est tout ça et rien de ça à la fois.

Trois types de pages sont présentées de manière alternée : de grandes pages de titre, avec un tableau cocasse pour compléter ; des dialogues embrouillés, avec de long phylactères qui s’entrecroisent et des personnages éternellement de profil comme dans les gravures médiévales ; et des pages de cases, qui prennent le contrepied de la planche de BD traditionnelle en juxtaposant de toutes petites scènes dessinées et commentées de manière lapidaire.

Tout l’ouvrage dépeint la société médiévale sous l’angle des rapports de domination : seigneur-vassal, homme blanc-homme noir, homme-femme… Mais il est impossible de ne pas adorer l’humour un peu noir et un peu absurde que Juliette Mancini extrait des situations décrites. « Le tout c’est de ne pas se mettre tout le monde à dos. » explique le roi à son fils, pendant que des centaines de flèches traversent les pages dans tous les sens pour se diriger vers de petits donjons tous identiques. A la reine qui délaisse la poésie pour un discours plus revendicatif, le roi rappelle que « De tout opposant, sachez cela, l’espoir et les membres seront détruits. », ce qui ne manque pas de la ramener à ses alouettes et à ses gais pinsons. (Au passage : excellent zeugme, ma figure de style préférée.)

Dans ses dialogues, Juliette Mancini joue avec les rythmes poétiques de la langue française, tantôt pour enchanter mon âme de khâgneuse, tantôt pour revenir à un style contemporain qui ne manque pas de nous rappeler que les rapports de domination n’ont pas du tout disparu…

Claire Porcher

De la chevalerie, Juliette Mancini. Atrabile, 2016.

Après des études de graphisme aux Arts Décos de Paris et à l’ÉSAA Duperré, Juliette Mancini fait un choix de carrière audacieux et se met à la bande-dessinée. En 2014, elle obtient le 2e prix Jeunes Talents au Festival international de la bande-dessinée d’Angoulême. En 2015, elle co-crée avec Elsa Abderhamani Bien, monsieur., revue de bande-dessinée un peu politique, un peu philosophique, un peu drôle. Le numéro 8 de cette revue a remporté le Prix de la BD alternative au FIBD d’Angoulême en 2018. En 2016, son premier album, De la chevalerie, parait chez Atrabile. Au printemps 2017, elle entreprend une résidence de 2 mois à la Maison des Auteurs d’Angoulême et intervient à l’EESI dans le cadre d’une journée d’étude sur l’imaginaire médiéval en bande-dessinée. Juliette Mancini travaille à Paris et partage son temps entre commandes graphiques, écriture de bandes-dessinées et actions pédagogiques en milieu scolaire. 

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