Jour 28 - La Femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud

Jour 28 - La Femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud

C’était un de ces livres qui, sans que rien ne le justifie, avait patienté des années sur une étagère après son acquisition. Quand je me suis finalement décidée à le sortir, cela faisait des années qu’il était là, je ne me souvenais plus du moment de son achat, et sa lecture m’a réjouie.

Très facile d’accès, il m’a fait croiser une galerie de personnages que j’étais loin de soupçonner et qui m’ont paru hautement sympathiques. Régine Pernoud nous raconte autant l’histoire des femmes de l’époque (documentée, vérifiée) que leur légende (celle qui frappe la mémoire et constitue un corpus d’héroïnes ou simplement de modèles). Racontant comment une querelle entre deux comtesses s’envenima jusqu’à mener leurs époux à la guerre féodale, elle raconte que l’une des deux n’hésite pas à elle-même endosser l’armure :

« Celle-ci (Isabelle) a les faveurs du chroniqueur qui raconte avec admiration qu’elle ne craignait pas d‘endosser la cotte de mailles et de combattre à cheval comme un homme : « elle ne le cédait en intrépidité ni aux chevaliers couverts de leur haubert, ni aux soldats armés de javelots. » Et de poursuivre, dans un style nourri de réminiscences antiques : « Elle égala Lampédone et Margésippe, Hippolyte et Penthésilée, et les autres reines guerrières des Amazones (…) »

Les seuls noms de ces femmes me fait voyager dans le temps. Dhuoda, longtemps connue des seuls spécialistes, est l’autrice du premier traité d’éducation,  Manuel pour mon fils (composé au milieu du IXème siècle)_. _Pétronille de Chemillé, abbesse de Fontevraud à seulement vingt-deux ans. Bertrade de Montfort, qui vient se retirer dans l’abbaye en emmenant avec elle la réputation scandaleuse de ses amours illégitimes.

« Pendant des années, les jeunes Français ont appris à l’école que le plus ancien traité d’éducation était dû à Rableais, suivi de près par Montaigne. Personne ne s’avisait de leur parler de Dhuoda. 

Et pour cause : le nom de Dhuoda n’a été pendant fort longtemps connu que de rares spécialistes du haut Moyen Âge. Aujourd’hui, son Manuel pour mon fils est traduit et publié dans une édition commode (…) C’est (…) le plus ancien traité d’éducation, puisqu’il fut composé au milieu du IXè siècle. » 

On aborde l’émergence de la figure de la religieuse, avec notamment de longs passages concernant les abbesses de Fontevraud ; la notion de l’amour courtois et le rôle du mariage chrétien dans l’évolution du statut de la femme ; on suit Aliénor d’Aquitaine et Jeanne d’Arc ; et on parle aussi des femmes pas toujours si anonymes des villes et campagnes, qui travaillent comme paysannes, tisserandes, coiffeuses voire forgerons - citant François Villon « Jeanneton la chaperonnière, Catherine la boursière, Blanche la savetier et Guillemette la tapissière, sans autrement nommer la gantière et la saucissière (…) »

« L’éventail des professions accessibles aux femmes, tout au moins durant la période féodale proprement dite, jusqu’au XIVè siècle, incidemment plus tard encore, serait donc plus ouverte que nous n’aurions tendance à le penser, certainement plus qu’au XIXè siècle en tout cas. »

Un livre riche qui parvient à croquer pour le lecteur non-spécialiste un tableau vivant, nourri et bien plus nuancé de la période que ce que les a-priori pourraient avoir ancré en nous.

La Femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud. Editions Stock, 1980. 

Régine Pernoud est une historienne médiéviste française, née le 17 juin 1909 à Château-Chinon (Nièvre) et morte le 22 avril 1998 à Paris. En 1935, elle soutient sa thèse de doctorat en histoire médiévale à la Sorbonne. Elle publie son premier livre, Lumière du Moyen Âge, en 1946. En 1947, elle devient, enfin, conservatrice du musée de Reims puis, en 1949, conservatrice des Archives nationales et du musée de l'Histoire de France. Autrice de nombreux ouvrages destinés à un large public, elle écrit « en tant qu'historienne, je me suis lancé un défi : transmettre dans un langage simple ce que j'avais découvert par des recherches difficiles ».  En plus de grandes figures féminines du Moyen Âge, Pernoud va porter ses intérêts de recherche sur la condition féminine elle-même. 

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