JOUR 276 - L’Hibiscus Pourpre, Chimamanda Ngozi Adichie / La Vraie vie, Adeline Dieudonné // Chronique de Claire Porcher

JOUR 276 - L’Hibiscus Pourpre, Chimamanda Ngozi Adichie / La Vraie vie, Adeline Dieudonné // Chronique de Claire Porcher

L’été dernier, j’ai été prise par une maladie assez commune, qui s’appelle la Chimamandite : le besoin irrépressible de lire plein de bouquins de Chimamanda Ngozi Adichie. Je suis tombée sur L’hibiscus pourpre et je l’ai lu en quelques séances à la plage.

La semaine dernière, j’avais un train à prendre et rien à y lire. Même si je n’aime pas lire des ouvrages dont on fait des pubs débiles dans le métro (« un livre qui vous attrape et ne vous lâche plus », pitié la nullité de ce slogan), j’avais entendu du bien de La vraie vie d’Adeline Dieudonné par Titiou Lecoq, en qui j’ai toute confiance. J’ai lu le roman en trois heures de train.

Deux premiers romans, deux récits sur l’enfance et la jeunesse, centrés tous deux sur une protagoniste au début de l’adolescence, deux textes écrits à la première personne. Mais aussi deux familles qui ressemblent à l’enfer sur terre, deux personnages de pères terrifiants, deux romans sur la violence et sur l’amour. On peut souligner beaucoup d’autres points communs, notamment le fait que ce sont deux romans brillamment écrits et bouleversants. Deux romans importants. Pourtant, l’un ne remplace pas l’autre.

Dans L’hibiscus pourpre, nous suivons Kambili, jeune fille de très bonne famille nigériane, enfermée dans un environnement catholique traditionaliste et brutal, qui retrouvera un peu d’air en partant chez sa tante Ifeoma (magnifique personnage féminin) avec son frère Jaja.

« Tatie Ifeoma se tut et tendit la main pour enlever quelque chose sur le chemisier de Mama. Je regardais le moindre de ses gestes ; je ne pouvais pas fermer les oreilles. J’étais fascinée par l’intrépidité de sa façon d’être, de parler avec les mains, de sourire en montrant ce grand espace entre les dents. »

Dans La vraie vie, la narratrice (dont on ne connaît pas le prénom) tente de survivre en Belgique dans une famille fort dysfonctionnelle, avec une mère écrasée par un père assoiffé de sang. Elle a surtout un petit frère, Gilles, un enfant dont il faut à tout prix sauvegarder l’innocence.

« Il riait tout le temps, avec ses petites dents de lait. Et, chaque fois, son rire me réchauffait, comme une minicentrale électrique. Alors, je lui fabriquais des marionnettes avec des vieilles chaussettes, j’inventais des histoires drôles, je créais des spectacles juste pour lui. Je le chatouillais aussi. Pour l’entendre rire. Le rire de Gilles pouvait guérir toutes les blessures. »

Les deux héroïnes traversent au moins un épisode traumatique qui forgera leur vision du monde et leur projet d’avenir, mais chacune est différente et choisit un chemin bien distinct : Kambili résiste longtemps à la libération totale, tandis que la narratrice de La vraie vie feint la soumission pour mieux élaborer un plan d’évasion à long terme.

La lecture de ces romans m’a déchiré le cœur mais c’est vraiment pour la bonne cause : les privilégiés qui comme moi ont grandi dans des familles pleines de bienveillance et d’amour ont parfois besoin de voir comment ça peut aussi (mal) se passer ailleurs, pour mieux comprendre les autres. Histoires horribles mais splendides écritures : à la fin le lecteur est gagnant.

Claire Porcher

L'Hibiscus pourpre, Chimamanda Ngozi Adichie. Traduit par Mona de Pracontal. Anne Carrière, 2004. Publication originale : The Purple Hibiscus, 2003.

La Vraie vie, Adeline Dieudonné. L'iconoclaste, 2018

Chimamanda Ngozi Adichie est une écrivaine nigériane. Son premier roman, “L'hibiscus pourpre” (Purple Hibiscus, 2003), a été sélectionné pour l'Orange Prize et pour le Booker Prize. “L'autre moitié du soleil” (Half of a Yellow Sun, 2006) a reçu l'Orange Prize. Son troisième ouvrage, le recueil de nouvelles “Autour de ton cou” (The Thing Around Your Neck), paraît en avril 2009. En 2013, paraît son quatrième ouvrage, un roman intitulé “Americanah”, qui suit le parcours d'une jeune Nigériane partie étudier aux États-Unis, et qui sera confrontée au racisme et à la discrimination. Dans “Chère Ijeawele” (Dear Ijeawele) publié en 2017, Chimamanda Ngozi Adichie propose une éducation féministe en quinze points et que cette éducation soit donnée dès le plus jeune âge. Elle vit entre Lagos et Washington.

Adeline Dieudonné est une femme de lettres belge. Sa première nouvelle, “Amarula”, parue dans le recueil “Pousse-café” en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En 2018, elle publie un premier roman remarqué, “La vraie vie”, qui remporte le Prix Première Plume 2018 et le Prix Fnac 2018. Elle habite Bruxelles.

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