JOUR 264 - Avant l’heure du tigre, La voie Malraux, Virginie Greiner et Daphné Collignon

JOUR 264 - Avant l’heure du tigre, La voie Malraux, Virginie Greiner et Daphné Collignon

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Dans les années 20, Clara Goldschmidt est belle, intelligente, riche et indépendante d’esprit. Elle investit dans le journal Action, où elle réalise aussi des travaux de traduction. Dans une soirée parisienne, elle rencontre André Malraux. Ensemble, ils partagent une fascination pour les arts asiatiques. Malraux monte une expédition aux tréfonds de l’Indochine coloniale ; ses intentions sont moins désintéressées qu’il y paraît. Du Paris des années folles au palais d’Angkor, un récit qui fait voyager dans le temps et l’espace. L’ensemble est traité avec un sens de l’épure qui ne sacrifie pas le sens du détail ou de l’amour du trait. Noir et blanc fin, qui dessine les visages avec un mélange de délicatesse et d’intensité. J’aime beaucoup les regards ; ceux de Clara contient la rêverie que lui évoque Angkor, ou la frustration muette qu’elle doit souvent retenir.

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Plus que Malraux, c’est bien Clara le coeur de l’album. Intelligente, créative et libre, elle dérange son érudit de mari. Entre les planches qui racontent sa misogynie intellectuelle et artistique, et celles qui montrent son absence de scrupule à piller les oeuvres d’art des pays qu’il visite, André Malraux apparaît sous un jour bien peu glorieux.

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Quant à Clara, elle est dépeinte sous ses contradictions : libre, ou pas, de suivre son mari jusqu’aux tréfonds de la jungle dans une expédition à laquelle elle ne semble adhérer qu’à moitié ? Amoureuse, bonne épouse, ou intellectuelle contrariée par l’état d’esprit de son époque ? Fascinée par la beauté d’un art auquel peu de gens s’intéresse, elle a des doutes quant à la légitimité de les piller mais ne s’y oppose pas. Elle est dérangée par le traitement injuste réservé aux indigènes, mais ne fait rien et loin d’être anti-coloniale, s’embarque dans cette expédition censée participer à la gloire de l’empire français.

Une page d’Histoire où l’esprit d’aventure et de conquête n’est pas glorifié en bloc ; mais au contraire support de nuances et de paradoxes. Le rêve individuel, ambitieux et poétique, n’en reste pas moins hautement problématique dans son incapacité à prendre en compte des enjeux idéologiques et historiques. 

G.C. 

Avant l’heure du tigre, La Voie Malraux. Virginie Greinier et Daphné Collignon. Editions Glénat, 2015

Après avoir étudié les arcanes du droit des auteurs, vendu leurs ouvrages en librairie et rédigé des chroniques sur la création BD au sein du magazine BoDoï, Virginie Greiner décide un jour de sauter le pas. Elle publie une première nouvelle fantastique dans le recueil Fées, Sorcières et Diablesses (Librio), puis son poste de journaliste BD la pousse à s'essayer au scénario. Deux premiers albums, Cadavres Exquis et Willow Place qui met en scène les aventures spirites de Conan Doyle en collaboration avec Annabel, sortent successivement. Sa rencontre avec Frank Giroud l'amène à co-écrire avec lui Pâques avant les Rameaux (collection Secrets de Dupuis). Elle a rejoint l'équipe de Destins pour y écrire Le Fils sur un dessin de Daphné Collignon. 

Daphné Collignon est une actrice française de bande dessinée, née à Lyon en 1977. Diplômée de l'École Émile-Cohl, elle débute en illustrant le scénario d'Isabelle Dethan, Le Rêve de Pierres. Elle poursuit avec les deux volumes de Cœlacanthes. En 2009, elle collabore avec la grand reporter Anne Nivat sur l'album Correspondante de guerre. En 2010, elle participe à la série créée par Frank Giroud : Destins. Elle collabore depuis régulièrement avec la scénariste Virginie Greiner et illustre aussi des albums jeunesse. Elle est également enseignante à l'Ecole Emile Cohl de Lyon.

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