JOUR 253 - Un été à quatre mains, Gaëlle Josse

JOUR 253 - Un été à quatre mains, Gaëlle Josse

Court roman tout en grâce.

image

Gaëlle Josse voue une admiration nostalgique à Schubert, qu’elle a joué dans son enfance. Ici, elle compose le roman de quatre mois de la vie du compositeur.

« Quelques mois passés en Hongrie (…) invité dans la famille du comte Esterhazy comme maître de musique, répétiteur pour less deux jeunes filles du couple, après l’année terrible de 1823, marquée par les échecs successifs, marquée par la maladie, ponctuée aussi par la création de quelques unes de ses plus sublimes compositions. »

Dans sa préface, l’autrice prend le temps d’expliquer son propos : roman historique ? Pure fiction ? Plutôt travail de romancière qui, à partir de quelques indices biographiques, tâche de s’approcher du mystère d’un esprit, d’une âme.

«Il ne s’agit pas ici d’assujettir le cours d’une dessinée à un imaginaire personnel, à des suppositions ou des interprétations hasardeuses, mais simplement de chercher à relier quelques indices, quelques traces - qui seules font rêver on le sait - pour approcher l’un des mystères d’une vie.»

J’ai aimé la délicatesse, la fluidité avec laquelle l’histoire avance de saynète en saynète. Si les drames se nouent ici, ils sont tout intérieurs et fondés sur un geste, un frôlement ou quelques notes.

En quelques phrases mises sur le compte de la nostalgie de son héros, Gaëlle Josse m’a fait respirer l’atmosphère de Vienne ; ses cafés, ses opéras, ses Heurigers dans la campagne environnante.

Surtout, j’adore le personnage de Schubert. Tel que le construit Gaëlle Josse, archétype de l’artiste inspiré, qui ne vit que pour sa musique et dort là où on veut bien l’accueillir. Au fond, son ambition de créateur dépend de cette condition matérielle ultime, celle qu’a formulée Virgina Woolf : avoir une chambre à soi…  

« Il se moque de vivre ici où là, du moment qu’on l’accueille avec chaleur et qu’il peut composer en paix. Le reste n’a pas d’importance. Depuis ses années d’enfermement au Konvikt, son uniforme, sa discipline, ses dortoirs glacés, toute chambre, même la plus modeste, est un royaume, dès lors qu’il s’y sent libre. »

Pari tenu pour moi, d’approcher par l’écriture l’esprit d’un compositeur et par l’imagination, la teneur de ses sentiments

Si les biographies de musiciens vous inspirent, allez voir aussi la magnifique bande-dessinée de Sandrine Revel sur Glenn Gould, Une Vie à contretemps.

G.C.

Un été à quatre mains, Gaëlle Josse. Éditions Ateliers Henry Dougier, 2017.

Après des études de droit, de journalisme, de psychologie et quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, Gaëlle Josse travaille à Paris comme rédactrice dans un magazine et vit en région parisienne. Venue à la littérature par la poésie, son premier roman, “Les heures silencieuses” (Prix Lavinal, Prix “Peindre en Provence”, Prix du Marais, finaliste du Prix Orange 2011), est paru en janvier 2010 aux Éditions Autrement. En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du Prix de littérature de l'Union Européenne pour son roman Le Dernier Gardien d'Ellis Island (Noir sur Blanc). En 2016, elle publie “L'ombre de nos nuits” et est marraine du prix littéraire des jeunes Européens.

Retrouvez-là sur son site.

JOUR 254 - 8 autobiographies de femmes aux vies hors-normes

JOUR 254 - 8 autobiographies de femmes aux vies hors-normes

JOUR 252 - Glenn Gould, Une vie à contretemps, Sandrine Revel

JOUR 252 - Glenn Gould, Une vie à contretemps, Sandrine Revel