JOUR 246 - Le Guide pratique du féminisme divinatoire, Camille Ducellier

JOUR 246 - Le Guide pratique du féminisme divinatoire, Camille Ducellier

Ovni dans mes lectures de l’année, objet littéraire non-totalement-identifié (ce qui n’est, pour un objet littéraire, pas plus mal). 

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Je l’ai vu en coup de coeur dans des libraires à deux ou trois reprises avant de me décider à l’embarquer, intriguée. La 4ème de couverture consiste en cet extrait tiré du début du livre :

« Le féminisme divinatoire est un lieu de passage pour celles qui inventent leurs propres lois ; pour celles qui développement une sensibilité hors des normes sociales ainsi que celles qui souhaitent profondément l’explosion de tout ordre établi.

Le féminisme divinatoire propose de désenclaver le féminisme radical de son rationalisme et de son absence totale de considération pour les traditions ésotériques telles que sont l’astrologie, l’alchimie, la magie cérémonielle, les arts divinatoires.

Le féminisme divinatoire est un syncrétisme qui s’inspire librement et avec humour du féminisme matérialiste et radical. Il s’agit d’une réalité considérée comme augmentée par les mouvements pro-sexe, post-porn, cyberféministes et n’excluant aucunement une dimension patine, spirituelle ou ésotérique. »

Il tient à la fois du manifeste féministe, de l’autofiction et du guide de sorcellerie. Chaque chapitre tient en un récit, ou plutôt une mise en situation mi-concrète mi-poétique, narrée à la 2ème personne du pluriel; et est suivie d’un rituel à accomplir - sérieux et / ou humoristique. 

Le chapitre IV par exemple s’intitule « Transmuter le bronze en or » et est sous-titré « Survivre à sa première réunion féministe. » En un paragraphe, le contexte est posé :

« Il y a des soirs de pluie et de brouillard où les régions politiques sont des épreuves, mais c’est la première fois la pire. À vérifier. (…) ce soir, vous appréhendez tout événement avec la peur au ventre. Plexus solaire douloureux. Vous êtes inculte, trempée, impressionnable, au milieu du milieu, parmi les regards familiers et le s habitant.e.s d’un squat queer ; mais vous pouvez bluffer. »  

Suivent les étapes du guide pratique, qui dans ce chapitre là sont plus drôles que mystiques:

« Il vous faut :

* Avoir au moins une amie qui adore faire des fiches de lecture sur des livres compliqués.

* Porter sur vous un kilo d’obsidienne noire et, si possible, deux yeux célestes pour éloigner les mauvaises intentions et les bouches méfiantes. (…)

* Placer enfin une remarque brillante dans cet interminable tunnel. Choisissez plutôt un créneau dans les deux dernières heures, lorsque plus rien d’intéressant ne se dit. Alors, vous pourrez surprendre. (…) »

Certains passages font penser à Donna Haraway (qui est d’ailleurs citée) ;

l’esprit d’ensemble peut évoquer, par certains aspects, Femmes qui courent avec les loups - même s’il s’agit d’une démarche et d’un projet d’écriture fondamentalement différents (notamment parce que la notion de féminisme est absente du livre de Clarissa Pinkola d’Estes), il y a cette idée d’une connexion entre le fait d’être femme et de vivre une spiritualité décalée par rapport aux religions établies, avec une notion de rituels présente de manière plus ou moins affirmée. Pour rentrer dans le sujet, un article paru fin 2017 dans Causette qui faisait également récit des pratiques des sorcières françaises contemporaines.

Dans Le guide pratique du Féminisme divinatoire, attendez-vous à lire des passages sur le fonctionnement d’un pendule, la pratique de la chiromancie, la différence entre un gothique et un satanique, des passages crus, des mentions des chakras, des recettes de voyages astraux.

La préface de Starhawk (américaine se définissant à la fois comme féministe et sorcière néo-païenne, partisane de l’action directe non-violente depuis les années 60 aux États-Unis) est bienvenue pour se préparer à la lecture, en re-précisant le sens et la portée du concept de « sorcière » dans l’histoire des mouvements féministes et le paysage politico-spirituel contemporain.

Entre mode de vie queer, quête spirituelle ancrée dans le quotidien et considérations féministes, on s’embarque pour un texte dépaysant (de mon point de vue de non-sorcière). Il brouille les genres et les registres, recourt à l’ironie, au sarcasme, à la narration, à la poésie, au livre de recettes indifféremment - ou plutôt de manière jamais indifférente mais toujours joyeuse et questionnante.

G.C.

Le Guide pratique du féminisme divinatoire, Camille Ducellier. Editions Cambourakis, 2018. Première édition : Joca Seria, 2011.

Camille Ducellier, plasticienne, autrice et réalisatrice, se revendique également Sorcière. Son travail artistique s’articule principalement autour de portraits documentaires, féministes et expérimentaux, dans lesquels l’image des corps et les stéréotypes de genre se déjouent joyeusement : Sorcières, mes soeurs (2011), Le Guide du voyageur astral (2015), La Lune noire (2016), Reboot Me (Prix « Web Art » 2016), Sorcière Queer (2017)…

Préface de Starhawk. Se définissant à la fois comme féministe et sorcière néo-païenne, partisane de l’action directe non-violente, active depuis la fin des années 1960 dans les mouvements anti-militaristes, antinucléaires, altermondialistes, Starhawk a écrit de nombreux livres dont Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique et Chroniques altermondialistes. Tisser la toile du soulèvement global, parus dans la collection Sorcières.

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