JOUR 245 - La Règle des 5 secondes, Mel Robbins

JOUR 245 - La Règle des 5 secondes, Mel Robbins

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Mel Robbins avait fait le buzz en 2011 avec son TED Talk, Comment arrêter de vous mettre des bâtons dans les roues (« How to Stop Screwing Yourself »). [ J’avais vu le TED Talk il y a quelque temps et accroché à son franc-parler et son humour. Comme Sheryl Sandberg l’avait fait avec En avant toutes, elle en a par la suite tiré un livre, dont je recommanderais la lecture à toute personne anxieuse, souffrant de manque de confiance en soi et culpabilisant de procrastiner. 

Ce que j’aime dans son approche, c’est le fait qu’elle propose un outil cognitif plutôt qu’une méthode systématique. Sa proposition est si simple qu’on pourrait penser absurde d’en faire un discours de 20 minutes ou plus encore un livre entier. Il s’agit de compter de 5 à 1 mentalement avant de se lancer dans l’action. Oui je sais, ça a l’air trivial. Pourtant, la logique à l’oeuvre derrière est intéressante. Petit compte-rendu de lecture.

Changer ses habitudes à coups de décisions de 5 secondes

Comme pour tout livre de développement personnel, Mel Robbins s’appuie sur son propre parcours. Celui d’une femme de 41 ans qui ne parvient plus à sortir de son lit le matin. Elle est embarquée sur une voie professionnelle chaotique, et doit faire face aux aléas financiers de son époux. Les restaurants qu’il a ouverts, après des débuts prometteurs, courent à la catastrophe financière. Leurs relations se tendent tandis qu’ils se font harceler par les huissiers et qu’elle commence à avoir un problème avec l’alcool. Ils ont deux enfants, qui manquent régulièrement le bus scolaire parce que l’autrice ne parvient plus à se tirer du lit assez tôt. Repousser le réveil le matin devient le seul moment de sa journée où elle se sent en contrôle…

Jusqu’au jour où… Elle voit une publicité figurant le lancement d’une fusée. À l’issue du décompte « 5…4…3…2…1 » celle-ci s’élance dans les airs. Frappée, Mel Robbins décide de s’en inspirer. Le lendemain matin, elle décide qu’elle s’éjectera de son lit comme une fusée, à l’issue de ce décompte.

Et cela fonctionne. À coup de décisions de 5 secondes, elle raconte ainsi qu’elle a modifié petit à petit ses habitudes, et du même coup la trajectoire de sa vie. L’idée sous-jacente est de faire confiance à son instinct, et plonger dans l’action plutôt que de laisser l’anxiété la paralyser et se changer en procrastination chronique.

Se lancer dans l’action avant de se trouver des excuses

Pourquoi cette règle marcherait-elle ? Mel Robbins avance deux idées principales : 

- Faire ce décompte active le cortex préfrontal, une partie du cerveau qui nous aide à décider. En dé-comptant, on le sollicite en priorité, ce qui aide à se concentrer sur le moment présent, et couper court les indécisions, anxiétés et pensées parasites.

- Cela court-circuite des mécanismes de survie du cerveau qui sont inutiles lorsque notre vie n’est pas directement en danger. L’idée ici, c’est que notre cerveau fait tout pour nous protéger. Aussi, lorsqu’on hésite à faire quelque chose, il se met en alerte : pourquoi hésite-t-on ? S’il y a hésitation, c’est qu’il doit y avoir un danger. Le cerveau n’a pas vu son humain hésiter à manger son petit-déjeuner le matin, ou à enfiler son manteau et prendre sa voiture ; alors pourquoi  le voit-il soudain hésiter quand il voudrait prendre la parole en public dans une réunion pour suggérer une idée ? Détectant l’hésitation, le cerveau s’active pour inhiber toute volonté d’action. Or cette réaction se met en place en 5 secondes : pour agir malgré ce type de réflexe, il faut écouter son instinct  et se lancer… en moins de 5 secondes.

« Quand vous attendez, vous ne vous contentez pas de reporter les choses à plus tard. Vous faites quelque chose de plus dangereux : vous vous persuadez que « le moment d’agir n’est pas venu. » Vous combattez vos propres rêves. »

Cela s’applique à tout type de situation. Lorsqu’on repère quelqu’un à qui on a envie de parler lors d’un événement par exemple. Si l’on se laisse le choix d’hésiter, il y a de fortes chances pour que la pensée commence à accumuler les bonnes raisons de ne pas le faire : « Je vais paraître impoli.e », « La personne est déjà en pleine discussion », « Je n’ai rien d’intéressant à dire », « Je lui enverrai plutôt un email, c’est plus convenable », etc. Cela s’applique aussi pour se lancer dans l’écriture ; reposer le doughnut qui ne cadre pas dans nos bonnes résolutions ; aborder un sujet difficile avec un proche…

Le conseil que vous retirerez du livre sera le même : comptez, 5-4-3-2-1, et à 1, lancez-vous sans plus y réfléchir. Si votre intuition vous dictait d’aller parler à cette personne, écoutez-la et honorez-la en agissant.

Démotivation, indécision, procrastination : pas toujours ce que l’on croit

La suite de l’ouvrage propose une approche un peu décalée par rapport à nos fonctionnements cognitifs : 

- Il est inutile de compter sur son « envie » de faire les choses. Au moment de faire quelque chose d’important mais désagréable, si on compte sur son envie ou sa seule motivation, on risque de repousser à plus tard. Elle en parle en vidéo sur sa chaîne. À l’inverse, une fois qu’on commence quelque chose, notre probabilité de la finir augmente drastiquement. 

- L’indécision et l’anxiété sont des habitudes, et non des traits de caractère. On peut travailler à court-circuiter des habitudes mentales qui nous entraînent dans des spirales de doutes, d’angoisses et de scénarii catastrophes. Un chercheur ayant interrogé 1200 personnes âgées sur le sens de la vie a découvert qu’un des regrets récurrents était celui d’avoir perdu trop de temps à se faire du souci, « gaspillage énorme et insensé du temps précieux qu’il nous est donné de vivre. »  

- La procrastination, loin d’être un symptôme de flemme ou de manque de volonté, est « un mécanisme que nous activons pour contrer le stress. » En un sens, dit Mel Robbins, la procrastination « est une boulimie de l’esprit. Quand nous évitons quelque chose qui fait mal, nous nous sentons soulagés. Si, en plus, nous faisons quelque chose qui nous plaît, comme lire un message sur Facebook (…), nous nous injectons une dose de dopamine à court terme. » Et ce soulagement à court-terme entretient la spirale du stress.

Le livre est ponctué de témoignages de personnes ayant appliqué la « règle des 5 secondes » dans leur vie. Cette profusion de marques de gratitude sous forme de captures d’écran Facebook peut lasser quelqu’un en quête d’une densité d’informations plutôt que de fleurs jetées à l’autrice ; cela-dit elle sert l’économie du propos, en l’illustrant d’exemples variés d’application.

Un avis…

C’est une approche qui ne parlera probablement pas à tout le monde ; si vous cherchez la densité de l’argumentation théorique, passez votre chemin. Si l’esprit self-help à l’américaine ne vous rebute pas, il y a des chances que vous y trouviez votre compte et un coup de pouce pour avancer.

En ce qui me concerne, je trouve qu’elle est vivifiante. Il m’est arrivé de me retrouver coincée dans des prises de décisions sur plusieurs semaines ; dressant des colonnes d’avantages et d’inconvénients ; demandant conseils à tout mon entourage ; et me convaincant finalement qu’il vaut mieux me décider plus tard. Or nombre des projets, relations, opportunités que je suis reconnaissante d’avoir dans ma vie sont venues de ces décisions « coup de tête ».

Prenez le Tumblr par exemple. J’y ai médité un moment… Mais lorsque j’ai écrit le post Facebook où je prenais la résolution publique de le démarrer, j’ai décidé d’appuyer sur « Envoyer » avant de me laisser le temps d’y réfléchir. Je savais que si j’y réfléchissais à deux fois, je ne me lancerais pas

Tant que je reste indécise, mon esprit accumule les arguments et contre-arguments, imagine les scénarii possibles, dresse des plans sur la comète. Mais une fois que la décision est prise et que les dés sont jetés à l’inverse, tout mon cerveau se mobilise non plus pour savoir si il faut se lancer, mais comment aboutir. Il échafaude des plans pour améliorer l’idée de départ, chercher des informations et préparer la prochaine étape. 

Aussi, depuis que j’ai refermé le livre, j’ai appliqué plusieurs fois le décompte-action ; j’aime sa simplicité d’approche et l’idée de se laisser le droit d’expérimenter même (et surtout) lorsque le résultat est incertain.

Une lecture qui peut être complétée par le très beau (et drôle) The Art of Asking d’Amanda Palmer, plus nourrissant d’un point de vue de vision créative de l’existence et d’une individualité forte ; l’approche psychologique de Tremblez mais Osez de Susan Jeffers ; et par la démarche de la chercheuse Brené Brown dans Le Pouvoir de la vulnérabilité (Daring Greatly).

G.C.

La Règle des 5 secondes, Mel Robbins. Traduit de l’anglais par Michel Edéry. Editions Leduc S., 2018.

Ancienne avocate, animatrice radio et TV récompensée et serial entrepreneuse, Mel Robbins est considérée comme l'une des oratrices les plus motivantes au monde. La Règle des 5 secondes a été traduit dans plus de 30 pays et est resté dans le top 3 Amazon des livres les plus lus durant 21 semaines. 





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