Jour 24 - L’Armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Jour 24 - L’Armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Creux de la nuit, je viens de le finir. Lu en deux ou trois jours. Il m’a touchée, il laisse des scènes marquantes. C’est une histoire de famille. Ce sont des relations humaines, toutes générations confondues.

Résumé : Elsa, la grand-mère d’Anna, est atteinte d’un cancer foudroyant. Entourée de ses proches, elle compte bien profiter de chaque instant, de chaque plaisir, jusqu’au bout : les rayons du soleil, les bains de mer, ou le corps de Martti, son mari depuis plus de cinquante ans, contre le sien. Mais Anna découvre que derrière ce mariage heureux se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille. C’est une vieille robe oubliée dans une armoire, trouvée par hasard, qui va réveiller le passé…

Roman chorale méticuleusement construit sans pourtant devenir mécanique. Il brode des thèmes et des relations en se resserrant petit à petit autour de son centre. Et en même temps, à mesure qu’il se resserre, on comprend qu’il nous échappe par d’autres ouvertures qu’on n’avait pas vues d’abord. C’est fin. Par moments, ça étreint le coeur.

“ Une sensation familière reflua d’une des couches les plus secrètes et protégées de sa personnalité : la gratitude pour le soin qu’on prenait d’elle. S’y ajoutait aussi une nuance d’étonnement. Les gens étaient d’une sagesse et d’une douceur infinies, au milieu de toutes les obligations, réunions, invitations à dîner, odeurs de désinfectant, rapports de séance.” p. 155

L’une des grandes forces tient à être ce roman qui multiplie les points de vue et, sans chercher à les équilibrer à toute force, nous donne l’impression de les laisser prendre leur juste place. Il m’apparaissait au premier abord que l’alternance des points de vue serait un moyen de faire parler chacun à tour de rôle ; en réalité, certaines voix prennent plus de place à mesure que le récit avance et l’on comprend que l’importance de la voix est à la mesure de la place du personnage dans l’histoire. On n’identifie pas immédiatement le noeud réel du récit - parce que, subtil, il est fait de plusieurs fils et ce sont tous ces fils qu’il faut patiemment dénouer pour comprendre où se situaient les enjeux. 

La fin m’a laissée songeuse - curieusement, je l’aurais imaginée autrement. Elle est très bien telle qu’elle est - simplement, elle laisse une ouverture qu’on aurait pu fermer. 

“À chaque époque il y a des gens, jeunes, qui se convainquent que ce qu’ils vivent n’est jamais arrivé à personne d’autre avant eux. Ils croient que leur vie, leurs joies et leurs chagrins mêmes sont exceptionnels. Que leurs amours à eux sont plus forts que celles des autres. Ils croient que jamais ne leur échoira de sentir le poids des jours. Et peut-être est-ce le cas. Les jeunes possèdent le monde entier et le dilapident sans tristesse, parce qu’ils sont impatients de gagner d’autres mondes, toujours nouveaux.” p.47

VO : Totta, Riikka Pulkkinen. Helsinki, Otava, 2010.

VF : L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen. Traduction de Claire Saint-Germain. Albin Michel, 2012.

Riikka Pulkkinen, née le 8 juillet 1980 à Tampere, est une écrivaine finlandaise vivant aujourd’hui à Helsinki. Elle a étudié la littérature est la philosophie théorique à l’université d’Helsinki. L’Armoire des robes oubliées (Totta, titre original), son deuxième roman et le seul traduit en français, a été nominé pour le Finlandia Fiction Prize en 2010 et été traduit en quinze langues. 

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