JOUR 207 - I Am Seeking a Pardon, Desanka Maksimovi // Chronique de Bree Scotin

JOUR 207 - I Am Seeking a Pardon, Desanka Maksimovi // Chronique de Bree Scotin

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J’ai découvert la culture serbe au moment où je m’y attendais le moins : en devenant prof de français. Bien sûr, l’un et l’autre ne sont pas directement liés, mais j’ai le goût du paradoxe… ! Deux choses m’ont immédiatement séduite : la langue elle-même, et l’originalité de la littérature que j’explorais pas à pas, et que je continue assidûment d’explorer. L’une des caractéristiques de la culture serbe en général, et de sa littérature en particulier, c’est le pourcentage de femmes représentées, exposées, publiées : cet état des choses ne peut que nous interpeler, nous dont la culture française nous a souvent montré que sa porte d’entrée était masculine…

Desanka Maksimovi (1898-1993) est une poétesse qui s’affranchit des courants littéraires mais qui refuse de s’éloigner des enjeux contemporains qui agitent sa patrie, en particulier les différentes guerres qui l’ont traversée. Dans Tražim pomilovanje (I Am Seeking a Pardon) dont je voudrais vous parler aujourd’hui, recueil publié en 1964, la poétesse serbe ouvre une discussion avec le « Code Dušan », texte officiel proclamé par le Tsar Dušan dans la Serbie médiévale. Desanka Maksimović profite de cette « discussion lyrique » (d’après le sous-titre du recueil) pour aborder les notions universelles de faute et de pardon, de justice et d’injustice, de Bien et de Mal. Certains poèmes font entendre la voix du Tsar qui énonce un décret. C’est le cas de tous les poèmes dont le titre commence par « O » en serbe, « On » en anglais. Ainsi, le poème « On Hierarchy » rappelle la place de chacun au sein du royaume :

Everyone’s path and place are known

[…]

Like between the planets

And the escorting stars,

One knows the distance

Between the subjects and the tsar,

And which path one must take

So as to avoid a clash.

Dans ce poème, les serfs sont « uncounted, / and as indefinite as a cloud ». D’autres poèmes prennent alors le contre-pied du Code Dušan : ce sont ceux qui font entendre la voix de la poétesse, demandant pardon aux victimes du Code. Ces poèmes commencent tous par « Za » en serbe, « For » en anglais. Ainsi, immédiatement après « On Hierarchy », on peut lire le poème intitulé « For the serf » :

I am seeking a pardon

For the serf

Growing and dying like grass

From oblivion to oblivion,

[…]

Le refrain “I am seeking a pardon” crée dans le recueil une petite musique, une litanie qu’il est difficile de lire sans éprouver un sentiment de solennité. Les poèmes dressent le portrait d’une Serbie qui, par certains côtés, continue encore d’exister aujourd’hui. L’époque mentionnée (le Moyen-âge), l’époque d’écriture (les années 60) et l’époque qui est la nôtre se mêlent donc pour former un espace-temps plus universel qu’il n’y paraît au premier abord.

Bree Scotin

I Am Seeking a Pardon, Desanka Maksimovi. Traduit du serbe vers l’anglais par Dragan Purešić. Éditions Narodna biblioteka Srbije, 2013.

Desanka Maksimović, née le 16 mai 1898 à Rabrovica près de Valjevo et morte le 11 février 1993 à Belgrade, est une poétesse et une professeure de littérature serbe. Elle a été membre de l'Académie serbe des sciences et des arts. Considérée comme la première poétesse serbe a être reconnue autant parmi les cercles littéraires du pays que par le grand public, sa réputation en tant que poétesse est telle que l’un de ses contemporains l’a qualifiée de “poète serbe la plus aimée du XXème siècle.” 

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