JOUR 206 - Changements d’adresse, Julie Doucet

JOUR 206 - Changements d’adresse, Julie Doucet

Album autobiographique écrit sous forme d’épisodes de journal. Chaque chapitre raconte une étape - désastreuse - de l’apprentissage des relations amoureuses par l’autrice tout juste “sortie du couvent”. 


La première fois minable ; la deuxième fois pas mieux ; le premier mec qu’elle veut quitter et qui vient tenter de se suicider chez elle la veille de ses examens. Sans parler de l’histoire d’amour en laquelle elle place tant d’espoirs et qui la fait déménager à New-York. 

Bière, drogue, misère et sexe ; elle parvient quand même à caser (sans mauvais jeu de mot) quelques dessins et bande-dessinées dans un quotidien qui part à vau-l’eau. Et alors que les succès professionnels s’annoncent pour elle, il devient évident que le soutien affectif n’est pas au rendez-vous (#euphémisme), et est plutôt remplacé par une jalousie malsaine et toxique.

Je découvre Julie Doucet par cet album et je suis impressionnée par son style graphique. Ses personnages stylisés, expressifs et reconnaissables entre mille, évoluent dans des cases plutôt petites et fourmillantes de détails. Elle parvient à y faire tenir nombre d’informations et d’éléments d’atmosphère. Ça lui permet de poser un lieu, une ambiance en peu d’espace : on comprend très vite à quoi on a à faire. À tout ça, ajoutez une gestion magnifique et hyper-personnelle du noir et blanc. De loin, on peut avoir l’impression que la planche va être difficilement lisible, parce que ne se détachent pas de grands aplats qui guident le regard. Plus on s’approche et on s’attarde, plus on réalise que tout est clair, précis, délimité de manière fine et solide. Et j’ai pris autant de plaisir à avancer dans l’histoire qu’à s’y arrêter pour explorer ces jeux de pistes miniatures que sont chaque décor.

Sur le fond du propos, ça fait mal et on grince des dents avec elle, on est frustré.es de son impuissance à faire évoluer certaines situations avec elle. Le tour de force c’est que son sens de l’expressivité et du détail font basculer les scènes glauques ou désespérantes dans l’absurde, le grotesque voire le comique.


G.C.


Changements d’adresses, Julie Doucet. L’association, 1998.

Julie Doucet, née le 31 décembre 1965 à Saint-Lambert, au Québec (Canada), est une actrice de bande dessinée québécoise. Julie Doucet étudie les arts plastiques au cégep du Vieux Montréal au début des années 1980 puis à l'Université du Québec à Montréal, où elle étudie les arts graphiques et plastiques. Elle collabore à plusieurs revues avant de créer son fanzine entre 1988 et 1990, Dirty Plotte (14 numéros). Elle y raconte ses rêves, qu'elle note, et ses fantaisies ou ses angoisses, en n'ayant jamais peur de choquer. 
Ses pages sont reprises par des revues comme Heck!, Rip-Off Comix, Wimmen Comix, Buzzard, Weirdo (fondé par Robert Crumb) ou en France Chacal Puant (fondé par Stéphane Blanquet).

En 1990, le fondateur de la maison d'édition Drawn and Quarterly, Chris Oliveros, publie Dirty Plotte sous forme de comic-book. Après la sortie de L'Affaire Madame Paul (1999), Julie Doucet annonce qu'elle abandonne la bande-dessinée.

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