JOUR 186 - Le tour du monde en 72 jours, et 10 jours dans un asile, Nellie Bly

JOUR 186 - Le tour du monde en 72 jours, et 10 jours dans un asile, Nellie Bly

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(Nota: j’ai lu la version VO de ces livres, les traductions sont les miennes et non celles de l’édition française) 

Je n’en reviens pas qu’on en soit aussi avancé dans l’année et que je n’aie toujours pas parlé de Nellie Bly ! Cette Américaine de la fin du XIXème siècle a réalisé des exploits journalistiques qui ont fait date et. Née Elizabeth Jane Cochrane en 1864, dans une petite ville des environs de Pittsburgh , elle était destinée à devenir gouvernante ou dame de compagnie.

Mais quand sa famille déménage à Pittsburgh, elle tombe sur un article intitulé « Ce à quoi sont bonnes les jeunes filles » (dont on vous laisse imaginer le contenu (les enfants, la maison, tout ça…)). Du haut de ses seize ans, elle décide de répondre à la tribune en envoyant une lettre bien sentie à l’éditeur, qu’elle signe « L’orpheline solitaire ». Le rédacteur en chef, impressionné par sa plume, lui propose une première colonne (où elle argumente en faveur du droit au divorce) avant de la recruter à plein temps. Premiers pas professionnels.

À partir de là démarre pour elle une brillante carrière dans le journalisme, qu’elle mènera sous le pseudonyme de Nellie Bly. Refusant de se laisser cantonner aux sections traditionnellement féminines - la mode, les chroniques mondaines ou le jardinage, elle s’empare des sujets de société, s’intéresse au travail des ouvrières, part seule comme reporter au Mexique…

C’est après avoir déménagé à New York, où elle se fait embaucher par The New York World, qu’elle va mener le reportage qui la rend célèbre. Il s’agit d’enquêter sur les maltraitances présumées d’un asile pour femmes de sinistre réputation. Pour cela, elle se créé une couverture lui permettant de passer pour folle et se fait interner pendant dix jours. Son article fait sensation.

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Son deuxième haut fait d’arme consiste en un pari fou : battre Jules Verne. Plus précisément, relever le défi de Philéas Fogg, le héros du Tour du monde en 80 jours, pour réaliser le même parcours… en encore moins de temps. Elle bataille pour obtenir le droit de réaliser ce reportage elle-même - son éditeur craignant autant pour sa sûreté que pour le nombre de tenues de rechange qu’elle risque de vouloir emmener… Aucun risque, elle se fait confectionner une tenue tout terrain sur mesure et fait tenir ses affaires en un sac. Je ne résiste pas à vous partager des citations concernant ces préparatifs. Notamment lorsqu’elle doit commander au tailleur une robe du jour pour le lendemain, et que l’anecdote s’assortit de sa vision de ce qui est impossible ou pas :  

« J’ai toujours ce sentiment réconfortant que rien n’est impossible si l’on met en oeuvre une certaine quantité d’énergie dans la bonne direction. Quand je veux que des choses soient faites, ce qui est toujours au dernier moment, et que l’on me fait une réponse du genre : « Il est trop tard. Je ne pense pas que cela soit possible »; je réponds simplement :

« Absurde ! Si vous voulez le faire, vous pouvez le faire. La question est : voulez-vous le faire ? »

Je n’ai jamais rencontré d’homme ou de femme à qui cette réponse ne donnait pas envie de donner le meilleur d’eux-mêmes. »

Et il faut dire que la tenue dans laquelle elle part est iconique - comme le souligne la préface de l’édition anglaise, on dirait un mélange entre Sherlock Holmes et Mary Poppins.

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En ce qui concerne les valises, c’est, sans mauvais jeu de mot, une autre paire de manches :

« Faire cette valise a été la démarche la plus difficile de ma vie ; il fallait faire tenir tellement de choses dans si peu d’espace. »  

Ce qu’elle conclut par ce sentiment que tout touriste contemporain peut avoir expérimenté :

« L’expérience me prouvera que j’avais emporté plutôt trop d’affaires que pas assez. »  

De l’Angleterre au Japon en passant par la France (coucou Jules Vernes !), Singapour et Hong-Kong, elle réalise le trajet en 72 jours. Elle envoie des télégrammes à chacune des étapes de l’aventure et son voyage devient un phénomène médiatique. Un jeu de l’oie Nellie Bly a même été commercialisé à son retour (j’aimerais beaucoup mettre la main sur un exemplaire !).

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J’ai lu l’édition Penguin Classics de ces textes et j’en ai apprécié la mise en contexte par une préface qui situe le personnage et donne la mesure de ses exploits tout en l’inscrivant dans une histoire du journalisme aux États-Unis. Quant aux articles eux-mêmes, si j’avais un peu ralenti le rythme de lecture sur certains passages du Tour du monde, j’avais été fascinée par ce compte-rendu et réjouie des passages qui, à l’instar de cette anecdote sur les valises, font sentir la personnalité de l’autrice. Quant au reportage sur l’asile, son intérêt historique se double d’un écho encore fort avec des enjeux contemporaines.

Et puis si vous voulez en savoir plus sur sa vie sans directement lire ses articles, Nellie Bly fait partie des femmes dont Pénélope Bagieu raconte la vie dans Les Culottées Tome 2, que Claire a chroniqué ici ! ;)

G.C.

10 jours dans un asile, Nellie Bly. Traduit de l’anglais par Hélène Cohen. Editions du Sous Sol, 2015. 

Le Tour du monde en 72 jours, Nellie Bly. Traduit de l’anglais par Helene Cohen. Editions du Sous Sol, 2016. Date de publication originale, 1890.

Around the World in Seventy-Two Days and Other Writings, Foreword by Maureen Corrigan, Introduction by Jean Marie Lutes. Penguin Classics, 2014.

Biographie : bon pour une fois j’ai plus raconté la vie de l’autrice que son livre dans ce billet alors… lisez la chronique pour en savoir plus sur elle :D Et ses livres parce que ça vaut le détour.

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