JOUR 139 - Les Nuits de laitue, Vanessa Barbara

JOUR 139 - Les Nuits de laitue, Vanessa Barbara

Tout le périple de cette tragi-comédie sociale aux personnages gentiment doux-dingues amuse et rend un peu mélancolique. Le lecteur plonge dans la vie de voisinage d’une petite ville de guingois au travers des yeux d’Otto. Celui-ci, déjà âgé, vient tout juste de perdre son épouse.

« Ada était partie sans arroser les plantes. Les objets ne respiraient plus, ils attendaient. Depuis qu’Ada n’était plus là, la maison n’était que tiroirs vides.» 

Les descriptions du deuil et les souvenirs de leur mariage m’ont touchée et charmée. Plusieurs passages m’ont arraché un « Awww » mental d’attendrissement à l’égard de ce personnage déboussolé après le décès de sa compagne qui formait toute la vie de la maison et presque son unique lien avec l’extérieur.

« Si l’idée était, pour chaque année de mariage supplémentaires e trouver quelque chose de plus noble pour symboliser leur union, alors les tulipes et le chou-fleur étaient tout indiqués. Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux.» 

Mais la thématique du deuil n’a pas le monopole du roman ; et petit à petit sont introduites les autres figures du village : le jeune pharmacien passionné par les effets secondaires des médicaments, le facteur désorganisé et amateur de chant, la voisine passionnée de spiritualité avec ses chihuahuas bruyants, l’ancien combattant japonais centenaire…

« Au fil des années, sa maison finit par se transformer en un temple de la schizophrénie spirituelle : à côté de traités cabalistiques, on trouvait pyramides, cristaux, capteurs de rêves, symboles aztèques, bracelets énergétiques, petits bouddhas dorés, bougie de sept jours, bonsaïs porte-bonheur et encens à haute teneur en soufre. »

Et à mesure des pages, un sentiment louche et un peu paranoïaque s’insinue chez Otto, celui que quelque chose cloche. Lui cacherait-on quelque chose ? À la comédie de moeurs se mêle alors le suspense du roman policier…

« Allez-vous me dire ce qui se passe à la fin ou va-t-il falloir que je le découvre tout seul ? »

Beaucoup de très jolis passages et personnages pour une intrigue qui aiguillonne la curiosité jusqu’à son issue. On perçoit certaines des grandes lignes de celles-ci, mais les derniers chapitres conservent leur inattendu jusqu’au bout.

G.C.

Les Nuits de laitue, Vanessa Barbara. Traduit du portugais par Dominique Nédellec. Editions Zulma, 2015.

Vanessa Barbara est née à São Paulo en 1982. Elle écrit des chroniques pour le journal Folha de São Paulo et The International New York Times.

Tissé de trouvailles cocasses et volontiers délirantes, les Nuits de laitue nous emporte allègrement, avec sa petite bande de joyeux doux dingues, et réussit la prouesse de mélanger habilement les codes du roman policier à ceux du vaudeville. Ce qui lui a valu d’être couronné par le Prix du Premier roman étranger en 2015.

JOUR 143 - Letter to my Daughter, Maya Angelou

JOUR 143 - Letter to my Daughter, Maya Angelou

JOUR 138 - Délivrances, Toni Morrison

JOUR 138 - Délivrances, Toni Morrison