JOUR 123 - Journal de Berlin, Alona Kimhi

JOUR 123 - Journal de Berlin, Alona Kimhi

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Résumé : Une adolescente obèse et dépressive, internée dans un hôpital psychiatrique, consacre ses journées à faire le portrait des autres patients. Elle cache sous le Formica du placard de sa chambre son journal intime, chronique d’un voyage à Berlin où elle est tombée éperdument amoureuse d’un Irlandais du Nord…

Lecture glaçante sur la dépression et parcours vertigineux d’un esprit. Celui-ci nous est révélé par son regard porté sur le monde, et par les bribes de journal qui nous dévoilent peu à peu son histoire.

« Autrefois je pouvais dormir. J’ai oublié le goût de la tête enfoncé dans l’oreiller, la douceur des draps propres, la bonne odeur de lessive, penser à quelque chose de magique et s’endormir. Je crois que je ne dormais plus depuis des semaines, peut-être même des mois. Ou depuis toujours. C’est comme si je n’avais jamais dormi de ma vie. »

Le flux de pensées intérieures de la personne nous fait douter de ce qui est fou et ce qui est sain d’esprit. Lucidité sans faille ou perte de repère totale face au réel ? Le lecteur en vient parfois à hésiter.

« Quand je peins, je ne peux pas m’empêcher de me regarder en train de peindre, avec la conscience de ce que je fais à en avoir le dégoût. JE suppose que pour certains peintres, ce regard incessant et violent finit par devenir un processus passionnant en soi, mais moi ça me rend malade. Ça me plonge dans une confusion des sens et une faiblesse physique, je me regarde en train de me regarder en train de me regarder. (…)

J’aurais aimé, ne fût-ce qu’un instant, voir le monde tel qu’il est, et non à travers mes yeux qui regardent mes yeux qui regardent le monde. »

Langage cru et soutenu en alternance racontent par fragments une histoire qui va de Jérusalem à Berlin en passant par l’Irlande, mêlant amour passionnel et psychanalyse familiale. On ne sait jamais ce qui nous attend d’un paragraphe à l’autre et le suspense laisse place à la surprise, la digression, l’incertitude concernant autant le passé que le futur de la narratrice.

« Combien de couleurs ont les angoisses. Combien de manières d’éclore, les bourgeons de la folie. Combien de nuances, l’obscurité qui tombe. La littérature a réussi à jouer avec des définitions relativement vastes, la psychologie un peu moins. Dépression est le terme officiel. Personnellement je souffre de diverses sensations de douleurs, de vide, d’inquiétude, de peur. Chacune revêt mille visages. Pourtant, malgré leur fatalité obstinée, je crois que l’état naturel ou premier de l’être humain en général, et le mien en particulier, est bon. »

G.C.

Journal de Berlin, Alona Kimhi. Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech. 1996, publication originale ; 2008, pour la traduction française. Folio Poche. Nouvelle extraite de Moi, Anastasia.

Alona Kimhi est née en Ukraine en 1966. En 1972, sa famille émigre en Israël à Kyriat Bialik. Après son service militaire, elle fait des études de théâtre à l’académie Bet Zvi et entame une carrière de comédienne au théâtre et au cinéma. En 1993 elle commence à publier des pièces de théâtre puis se tourne définitivement vers la littérature en 1996 avec la publication de son premier recueil de nouvelles, Moi Anastasia, primé dès sa parution en Israël. Suivront deux romans, Suzanne la pleureuse en 1999 et Lily la tigresse en 2004 qui lui apportent une consécration internationale.

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