JOUR 112 - La Force de l’âge, Simone de Beauvoir

JOUR 112 - La Force de l’âge, Simone de Beauvoir

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La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et de Tout compte fait (1972).

J’ai lu ce livre il y a quelques années, et j’en garde le souvenir d’une lecture passionnante. Celui du genre de livres qui raconte une personne, un esprit, une époque et une vie tout ensemble. Réflexions théoriques et philosophiques, événements historiques, personnages réels mais aussi bien construits que dans la fiction et analyse psychologiques s’entremêlent et en font le genre de lecture nourrissante qui permettent à la fois de sortir de soi-même et d’observer sa propre vie à la lumière de celle d’un.e autre.

J’ai des souvenirs précis de certains passages qui m’avaient marquée. Il y avait l’évocation de la disette pendant la seconde guerre mondiale ; alors qu’il devenait impossible de se procurer quoi que ce soit au marché noir, Simone de Beauvoir avait trouvé un morceau de viande dans lequel se promenaient encore des vers. Elle l’aurait nettoyé et préparé mais Sartre rentrant et voyant cela s’en empare pour le jeter aussitôt, dégoûté.

Il y a un passage qui me revient en mémoire de temps à autres, dans les moments où je voyage seule ou simplement dans ces instants où, prenant quelques secondes de recul sur une situation, je peux à la fois la savourer et à la fois avoir conscience de son caractère éphémère. C’était alors qu’elle était en voyage, et qu’elle se trouve un jour à faire une visite seule. Au milieu d’un monument, je crois me souvenir qu’elle s’allonge et regarde le ciel. Elle est alors frappée de l’idée que personne d’autre qu’elle n’aura ce souvenir, l’image exacte de la découpe du ciel parmi les ruines, la qualité de l’air et les sensations et pensées que cet instant précis lui procurent. Elle a la conscience précise que cette image et ce morceau de temps, elles les emportera avec elle dans la tombe. J’avais trouvé ce moment de prise de conscience fascinant et juste. Il m’avait émue parce qu’il faisait émerger une notion de la finitude où la tristesse éventuelle ne vient pas de l’idée de sa propre mort en tant qu’individu et personne ; mais de la disparition des morceaux du monde et du temps que l’on a amassé en soi et qui se disperseront avec nous. Et dans le même temps, par l’écriture, elle en sauvait un écho, un parfum, qui ressurgit de temps à autres lorsqu’un.e lecteur.trice tombe dessus et le ressuscite.

Parmi les souvenirs qu’elle raconte, il y en a plusieurs qui ont trait à son écriture. Elle revient notamment, sur ses premières ambitions en matière d’écriture de roman : elle voulait alors, dit-elle, écrire un roman qui contienne « tout ». Un roman qui dise la vie même. Avec recul, elle commentait combien cette entreprise, dans ce qu’elle a d’ambition impossible, ne pouvait aboutir (voire commencer). Je trouvais que c’était une jolie métaphore de l’ambition déraisonnable et en même temps irrépressible que l’on peut avoir d’embrasser le monde, la vie, la réalité même à certains moments de sa vie… Sans savoir par où démarrer. Plusieurs passages dans ces mémoires évoquent la théorie du roman et de la narration, autant la sienne d’ailleurs que celle de Sartre.

Ce genre de lectures riches qui ouvre des pistes et donne matière à penser encore des années après. Ça me donne envie de le relire, tiens…

PS : pour une autre approche de l’époque et du couple Beauvoir / Sartre (du point de vue de Sartre) vous pouvez aussi aller lire la bande dessinée de Mathilde Ramadier et Anaïs Depommier, chroniquée ici :)

La Force de l’âge, Simone de Beauvoir. Gallimard. Première édition, 1960.

Simone de Beauvoir, née le 9 janvier 1908 dans le 6e arrondissement de Paris, ville où elle est morte le 14 avril 1986, est une philosophe, romancière, mémorialiste et essayiste française. Théoricienne importante du féminisme, elle est l’autrice du livre Le Deuxième sexe paru en 1949.

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