JOUR 102 - Carnets de thèse, Tiphaine Rivière

JOUR 102 - Carnets de thèse, Tiphaine Rivière

Pour avoir observé de loin des ami.es se lancer dans les aventures labyrinthiques et kafkaïennes de la thèse, et écouté certaines des affres existentielles qu’ils rencontraient, j’étais sensibilisée au sujet de Carnets de thèse. Kafka, je mentionne Kafka : c’est d’à-propos, puisqu’il constitue le sujet de la thèse de Jeanne Dargan, héroïne de cette histoire.

Jeanne Dargan est donc enseignante en collège de ZEP lorsqu’elle apprend que le professeur qu’elle admire accepte de la prendre en thèse en littérature. Le seul hic : elle n’a pas obtenu de bourse et devra donc se financer seule. Pleine d’enthousiasme et d’optimisme, heureuse de partager sa joie avec son amoureux Loïc, elle décide de se lancer. Elle en est bonne pour trois années de recherche  - enfin trois ans, c’est ce qui est prévu du moins. Si tout se passe bien. Qu’est-ce qui pourrait aller de travers de toute manière ? …

….  Hmmm à peu près tout.

J’ai trouvé la narration de Tiphaine Rivière très drôle, et particulièrement son art de croquer des personnages secondaires qu’on a des chances d’avoir croisé au moins une fois en passant un peu de temps en fac. Les doctorants désespérés de ne pas avoir de réponse ou retour de leur directeur.trice de thèse ; les directeurs.trices de thèse déespérés de parvenir à échapper aux assauts de leurs doctorant.es ; les secrétaires d’université dont la principale compétence semble être d’arriver à masquer qu’elle en a ;

 le petit ami qui tente d’être un soutien jusqu’au point de rupture ; et tous ces proches qui, sans être malveillants, n’y comprennent juste rien à ce bazar dans lequel le ou la malheureuse doctorants.e semble s’être fourré. Ce moment où la famille de l’héroïne, qui a toujours manifesté un ennui à peine dissimulé face à son sujet de thèse, se découvre une passion pour la recherche du doctorant en biologie qui, lui, a un « vrai travail » en laboratoire et mène des recherches qui peuvent « vraiment changer le monde » fait très mal sur la différence de perception entre les filières littéraires et scientifiques.

Des tourments psychologiques quasi-pathologiques que traversent les doctorant.es aux considérations politiques et sociales derrière l’état de la recherche en France, l’autrice brosse un portrait très convaincant d’un parcours de thésard. J’aime beaucoup ses métaphores visuelles qui, si elles sont assez classiques (se jeter à l’eau d’une présentation orale, ou encore la cathédrale du plan de thèse) sont à la fois efficaces visuellement et narrative ment. Les évolutions du plan de la cathédrale notamment sont très chouettes.

Drôle, mordant et bien vu, à faire lire évidemment à un thésard dans la tourmente (même s’il connaît déjà probablement les blogs et Tumblr cathartiques) et peut-être aussi à ses proches pour les aider à comprendre.

G.C.

Carnets de thèse, Tiphaine Rivière. Le Seuil. 2015

Après trois ans de thèse de littérature et un travail administratif au sein de école doctorale d’une grande université parisienne, Tiphaine Rivière a ouvert un blog illustré, « Le bureau 14 de La Sorbonne », et a choisi la bande dessinée.

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