Jour 1 - Sido et Les Vrilles de la vigne, Colette

Jour 1 - Sido et Les Vrilles de la vigne, Colette

Je l’ai emprunté à la bibliothèque un peu par hasard ; il m’est presque tombé sous la main. Ce dont je me souviens ensuite, c’est d’être dans le train pour un des derniers trajets de l’année 2017 en lisant Sido. Quand j’ai relevé le nez entre deux nouvelles et deux gares, je me suis demandé pourquoi je n’avais pas lu plus de livres de Colette plus tôt.

Sido (1929) est un recueil de textes sur la famille de l’auteure — sa mère Sidonie, figure centrale aux dimensions cosmiques, mais aussi la mystérieuse présence de son père et celle ses frères tumultueux. Récits racontés sur le mode du souvenir, ils font sentir combien ces existences ont été très réelles, tout en portant la trace du temps qui s’est écoulé depuis l’enfance, patinant la mémoire de l’auteure d’interrogations, de tendresse et de regrets.

« Dans ses yeux passa une sorte de frénésie riante, un universel mépris, un dédain dansant qui me foulait avec tout le reste, allègrement (…) Maintenant que je la connais mieux, j’interprète ces éclairs de son visage. Il me semble qu’un besoin d‘échapper à tout et à tous, un bond vers le haut, vers une loi écrite par elle seule, pour elle seule, les allumait. » (Sido, p.47)

Les Vrilles de la vigne (1908) de son côté est composé de vingt très courtes nouvelles, d’inspiration autobiographique. Certaines mettent en scène l’auteure et son entourage — les ami.es, l’amoureux, mais également les animaux de compagnie qui discutent entre eux des folies de leurs maîtres. On parle d’insomnie, de rupture amoureuse, d’amitiés, de courage, de parties de pêche, de marginalité, de liberté…

« Je voudrais dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche…. Et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir… » (Les Vrilles de la vigne, p.104)

C’est beau. C’est juste. C’est exalté et exagéré. Ça m’a fait du bien. Un style magnifique, qui parvient à être en même temps emporté et ciselé. Ses élans lyriques d’ode à la nature et à l’enfance m’inquiétaient de loin, et m’ont happée quand je me suis approchée. Ses analyses de personnages sont intelligentes et souvent bouleversantes.

« Une minute plus tard, sans que nous eussions échangé d’autres paroles, elle pleurait, en essuyant l’intérieur de ses yeux pour empêcher son mascara de fondre, avec la corne d’une serviette à thé. Elle pleurait avec simplicité, attentive à ne pas tacher de larmes sa robe en crêpe de Chine, à ne point défaire sa figure, elle pleurait soigneusement, proprement, petite martyre du maquillage… » (‘Belles de jour’, Les Vrilles de la vigne, p.147)

En quelques pages à peine, elle brosse une mise en situation, une ambiance, un enjeu et vous ayant attrapé par un petit bout d’anecdote, vous brosse un tableau de la société. Ces deux recueils m’ont fait penser plusieurs fois, jubilant : « C’est  exactement ça ! »

Jour 2 - L’Embellie, Auður Ava Ólafsdóttir

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