Hors-série - Mona, Adrienne Rich et moi

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Photo du compte Instagram de MyLittleParis

Certain.es d’entre vous ont-elles eu le plaisir de visiter Mona ? C’était cet espace de coworking éphémère orienté sur l’empouvoirement des femmes, que MyLittleParis avait ouvert près de Bastille l’année dernière. Entrée gratuite, fauteuils et tables, wifi gratuit, conférences : tout pour travailler et créer les conditions propices aux synergies. 

Et puis surtout… Une bibliothèque. Immense, en accès libre, envahissant tout un mur. Dedans, des centaines de livres de femmes. Cette bibliothèque m’a fascinée : lire les tranches, lire des noms d’autrices que j’ignorais, voir des titres engagés, militants, poétiques ; et puis sur le coup d’intuition d’une 4ème de couverture, attraper un bouquin et sans plus de cérémonie y mettre le nez et le cerveau. Lire des heures sans que personne n’ait rien à y redire, sans inscription, sans liste d’attente, posée sur une chaise longue.

Ce Tumblr est en partie né de cette expérience : embrasser du regard d’un coup des centaines de livres écrits par des femmes, réaliser que je n’en connais pas la majorité, et que je n’ai pas lu la moitié de celles que je connais. Comprendre qu’il y a des histoires, des réflexions, des théories, des témoignages, des mémoires auxquelles je ne serais jamais connectée si je ne décidais pas d’en faire l’effort conscient - parce que ces rayonnages dédiés aux livres de femmes, c’était la première fois que je les voyais. Ils créaient en eux-mêmes de nouveaux réseaux de signification. Sur les étagères s’opère la magie propre aux bibliothèques : les livres se mettent à se répondre dans le cerveau du lecteur en recherche.

Dans cette bibliothèque, j’ai découvert Adrienne Rich, figure majeure du féminisme et poétesse américaine dont je n’avais jamais entendu parler. Le titre de l’ouvrage sur lequel j’étais tombée était intrigant : La contrainte à l’hétérosexualité

Je l’avais dévoré jusqu’au moment de mon rendez-vous, et l’avais remis en place en retenant soigneusement où je pourrais le retrouver. Mais Mona avait fermé avant que je puisse revenir finir de le lire, et c’était un grand regret. J’y ai repensé souvent pourtant et je savais qu’il faudrait que je remette la main dessus. Cette lecture avait ouvert de nombreuses portes mentales ; et elle n’a pas compté pour rien dans l’envie de démarrer un projet qui m’incite à lire des livres de femmes / féministes. Et voilà qu’il y a une dizaine de jours, je l’ai trouvé par hasard en librairie ; j’en ai oublié d’acheter le livre que j’étais initialement venue y chercher. J’ai relu les essais que j’avais eu le temps de lire à l’époque avec le même plaisir et j’attends avec impatience de plonger dans la suite. 

Dès les premières pages, je me suis sentie nourrie à un niveau différent. Les titres des premiers essais me frappaient en eux-mêmes : « Les femmes et le sens de l’honneur - Quelques réflexions sur le mensonges », « Ce qu’il nous faut pour oeuvrer », et bien sûr “La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne”…. On a là des messages programmatiques, qui analysent les modalités de l’existence en tant que femme sans s’arrêter à la victimisation, et proposent une éthique de l’action. Comment être au monde en tant que femme maintenant ?

Je crois que j’ai envie de m’arrêter un peu sur ces textes et ces essais, alors peut-être ferai-je différentes chroniques sur ce même livre - je les ajouterai en lien à cet article au fur et à mesure. 

La première chronique est à lire ici, sur la question de la manière d’être étudiante et comment « Revendiquer un enseignement digne de ce nom »

La 2ème : Qu’est-ce qu’une femme a besoin de savoir ?

À destination des étudiant.es mais pas seulement, c’est un texte qui enjoint à être exigeant envers soi-même, responsable de son action et de son apprentissage. 

G.C.

JOUR 202 - Revendiquer un enseignement digne de ce nom, Adrienne Rich

JOUR 202 - Revendiquer un enseignement digne de ce nom, Adrienne Rich

JOUR 189 - Hors série #AuteursEnColère