HORS SÉRIE - Conférence Phoenix Brain Rising avec Lauren Bastide, Céline Mas et Inès Leonarduzzi

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J’ai eu la chance d’assister hier à une conférence sur le leadership au féminin. Organisée par Laura Brown, CEO de Phoenix Brain Rising, elle avait lieu dans les locaux de The Family. Les intervenantes invitées étaient Inès Leonarduzzi de Digital For The Planet, Céline Mas, Experte Digitale & Présidente d’ONU Femmes et Lauren Bastide, journaliste, auteur, co-fondatrice La Poudre Podcast et Nouvelles Écoutes, dans une discussion animée par Ariele Bonte.

LE LEADERSHIP

Faut-il être à tout prix une lionne ? Le leadership de la libellule. 

Pour Inès Leonarduzzi, on entend souvent l’association entre une femme leader et une lionne. Le modèle félin serait le principal, sinon le seul, paradigme pour penser le leadership au féminin. Oui mais quid des chiens, crocodiles, chevaux, serpents, hamsters et tout le reste de la faune ? 

L’énumération d’animaux s’est conclu sur la libellule, et j’adore cette image : maintenant, je meurs d’envie d’un livre de développement personnel qui serait intitulé « Le leadership de la libellule » (d’ailleurs, je sais pourquoi j’ai accroché sur la libellule : les lecteurs.trices des Royaumes du Nord se souviendront de ces petits personnages magnifiques pour qui les libellules sont cruciales). 

L’important, souligne Ines Leonarduzzi, est d’être aligné.e ; de se « ressembler très fort ». Cultiver son authenticité, sa présence particulière au monde, et prendre conscience qu’il n’y a pas qu’une seule manière d’inspirer les autres, est le meilleur moyen de s’aventurer en zone de leadership.

S’autoriser à rêver. Et pourquoi pas ?

Ce « Pourquoi pas ? » m’a beaucoup séduite. L’enjeu, pour Céline Mas, est de commencer par s’autoriser à rêver. Rêver sincèrement, c’est-à-dire sans dresser d’emblée des obstacles mentaux à la moindre envie. Vous rêvez d’être présidente de la République ? 

Entraînez-vous à contrer la pensée réflexe qui vous dit « Non mais c’est impossible ; tu ne viens pas du bon milieu ; il n’y aucune raison que ça marche, etc. » À la place, propose Céline Mas, demandez-vous : « Et pourquoi pas ? » Pourquoi n’essaierai-je pas ? Pourquoi ne pas tenter ? Vous pourriez être surprise…!

C’est une approche que je trouve jolie, dans la mesure où elle a sa part de légèreté : il ne s’agit pas de se fixer un objectif démesuré vers lequel foncer à toute force et sur lequel culpabiliser en cas d’échec. Il s’agit de laisser place à sa curiosité, et d’ouvrir un espace mental où l’imagination peut faire son travail d’inventer des possibles.

L’horizontalité. 

Pour Lauren Bastide, le terme même de « leadership » est à prendre avec du recul. Il s’associe trop facilement à l’idée d’une hiérarchie et de pouvoir dans une idéologie capitaliste. 

Plus que ces notions, elle privilégie l’horizontalité et la force de la communauté où les savoirs circulent. C’est l’impact qu’a eu son podcast La Poudre depuis sa création il y a deux ans : celui d’avoir fédéré, petit à petit, une communauté où les gens échangent, s’emparent des idées, partagent les connaissances et rendent possible le changement jour après jour.

 Pour autant, si l’on met derrière le terme de « leadership » la capacité à inspirer d’autres personnes en étant aligné.e sur ses valeurs, alors ok.

LE DÉCLIC

Être soi-même, ça fucking prend du temps. 

 C’était un peu le message des trois invitées.

À quel moment a-t-on le déclic de se dire : je vais lancer un podcast féministe ? Pour Lauren Bastide, plus qu’un moment « Aha », c’est une série de signes et micro-événements qui mis bout à bout permettent à la dernière goutte d’eau de faire déborder le vase ; il serait trompeur de parler d’un seul moment clé. 

Apprendre à se connaître, à connaître ses valeurs, à être aligné.e et savoir comment on veut / peut contribuer à la société, prend du temps et n’est pas exempt d’erreurs de parcours en chemin. 

C’est ok. C’est ok de ne pas se réveiller à 18 ans et d’avoir une illumination sur sa vocation. C’est ok de découvrir progressivement la manière dont on a envie d’être au monde. 

Dans le même temps, pour elle les facteurs déclencheurs ont été une très grande colère, un ras-le-bol généralisé du milieu dans lequel elle se trouvait, et la décision de ne plus en avoir rien à foutre de ce que les gens pouvaient penser d’elle. 

Il y a bien une anecdote fondatrice au choix de lâcher un statut ronflant, directrice de la rédaction, et un salaire confortable, pour lancer un podcast : ce moment où l’article qu’elle avait commandé à une jeune journaliste pour évoquer les violences policières sur fond de racisme systémique s’est vu refusé au moment du bouclage pour laisser la place à un énième article de mode. 

C’est l’un de ces moments, raconte-t-elle, qui lui fait prendre conscience que dans l’échelle de ses valeurs, transmettre cette histoire sur les violences policières était plus importante que le statut, le salaire, le rôle acquis. 

Pour autant, ce moment n’est qu’une goutte d’eau s’ajoutant à des milliers d’expériences vécues auparavant, et déclenchant encore une longue période de transition avant de parvenir à concrètement changer de cap.

DES CONSEILS ?

Prendre soin de soi. 


Prendre soin de soi peut être la chose la plus importante, la plus urgente que vous ayez à faire. Parfois, dit Lauren Bastide, j’ai un peu l’impression que c’est dans les moments où on en a le plus besoin, où on est le plus stressé, qu’on l’oublie. 

Dans des situations de maladie grave, de burn-out, de deuil, dans nombre de situations de crise, les petits moments que l’on prend pour soi peuvent faire partie de ceux qui sont relégués le plus vite à la fin de notre liste de priorité. 

Pourtant, ils peuvent faire toute la différence - de ces petits gestes et attentions à soi qui paraissent inutiles et sont pourtant nécessaires. Parce qu’ils aident à se sentir bien, à être soi, à s’éclaircir l’esprit : son bain, un moment de lecture, une manucure, une comédie romantique qu’on a vu 800 fois et qu’on veut revoir…

Lire.

Pour Céline Mas, la lecture a aussi le pouvoir de nous aider dans les moments difficiles ou ceux de reconstruction. Parce qu’elle ouvre des portes et fait appel à notre imagination, la lecture de fiction aide à reconstruire des paysages mentaux lorsqu’ils ont été abîmés par des épreuves. 

Ces paysages, enrichis par les visions des écrivains, créent de nouveaux horizons : ils aident à retrouver le sentiment que des choses sont possibles ; y compris de belles choses.

S’entourer.

Inès Leonarduzzi, au travers de plusieurs expériences personnelles, a souligné l’importance de s’entourer. Le leadership, la réussite, souligne-t-elle, ne sont jamais le fait d’un individu seul. 

Dans des épreuves de vie, l’un des premiers réflexes est de se tourner vers son réseau : notamment celui des copines, qui vont concrètement apporter leur soutien et leur aide. Allons boire un café. Discutons-en. Fais-moi relire ton article avant sa publication.

 Ayant vécu un épisode de cyber-harcèlement, elle partage ainsi comment ses ami.es l’ont aidée à surmonter la phase de panique initiale pour mettre au point une stratégie et rédiger une réponse publique permettant de reprendre le contrôle de la situation.

LA LÉGITIMITÉ ? 

Personne ne vous la donne. 

La question de la légitimité est revenue à plusieurs moments des discussions. Un des messages partagés par les trois conférencières est que personne ne vous la donnera jamais. Il s’agit au contraire de déboulonner sans attendre le mythe d’une validation extérieure : donnez-vous à vous-même le droit droit d’exister, d’oser et de vous planter. 

Pour une réhabilitation du syndrome de l’imposteur. 

Pour autant, une réflexion autour de la notion de syndrome de l’imposteur m’a particulièrement intéressée. Lauren Bastide a raconté qu’après avoir lancé son podcast féministe, elle a connu un moment de panique en mode : « Non mais qui je suis pour faire ça ? Qui je suis pour parler de féminisme ? » Le fait qu’elle ait été journaliste pendant plus de dix ans, rédactrice en chef de Elle, ait mené des interviews de plus de 800 fans ne changeaient rien à ce sentiment. 

Aussi a-t-elle décidé de reprendre la fac, s’inscrire en Master d’Études de genre, et reprendre ses 9h de cours par semaine pour étudier la théorie féministe. Eh bien, dit-elle, elle est ravie de l’avoir fait. D’avoir appris et structuré ses connaissances sur le féminisme ; de se sentir incollable sur les questions et théoriciennes du sujet. 

Si le doute peut mener à ça, pourquoi pas. Si le syndrome de l’imposteur peut mener à plus de perfectionnisme, plus de discipline, plus de travail, eh bien pourquoi pas ; et pourquoi ne pas le rebaptiser en syndrome de la meuf brillante qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts ? J’adore.

Évidemment les discussions ont abordé de nombreux autres thèmes et richesse de propos, du cyber-harcèlement et de la manière de le gérer à l’invisibilité des femmes, dans les médias en passant par l’écologie digitale. C’est ce qui fait le bonheur de ce genre d’événements. La séance a été filmée, j’ajouterai le lien vers la vidéo si je la vois passer sur les réseaux.  

G.C.

Liens :

Phoenix Brain Rising : https://www.phoenix-paris.com/

Le podcast La Poudre : http://www.nouvellesecoutes.fr/la-poudre/

Digital For the Planet : https://digitalfortheplanet.com/

ONU Femmes : onufemmes.fr

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