L’Acceptation radicale, Tara Brach

L’Acceptation radicale, Tara Brach

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Ça vous arrive, ces périodes de blocage ? J’ai une demi-douzaine de chroniques en retard, résultat : je n’arrive à me décider à en écrire aucune ! Je me dis qu’il faudrait que je parle de tel essai qui m’a paru essentiel et qui vient de sortir ; en même temps je n’ai pas l’espace-disque mental disponible pour concevoir une synthèse digne de ce nom en ce moment… du coup je m’en veux ; et je n’en fais aucune. Et voilà comment deux semaines se passent sans rien écrire ! Pratique…

Dans ces cas là, ce qui fonctionne plutôt bien est de repartir d’objectifs plus modestes. Oui, j’ai six livres en retard. Non, je ne vais pas tous les chroniquer d’affilée. Par contre, je souhaite en écrire et en poster une dans l’heure, quoi qu’il arrive, quel que soit le livre, la longueur et le style de la chronique. Je me décomplexe en me disant que l’important est de partager le livre : on ne sait jamais à qui il pourra servir. Tant pis si ce n’est pas parfait, que c’est écrit à moitié comme je voudrais, que ça ne dit pas tout, ou que ça le dit de manière maladroite. Mon job, c’est juste de partager une lecture que j’ai trouvée belle à un niveau ou un autre, et de lui faire confiance pour faire son chemin !

“Se détendre face à la non-perfection, c’est cesser de perdre un temps précieux à vouloir être différent et à craindre de mal faire.”

Cette intro a l’air hors-sujet, mais en fait pas du tout :) Le livre dont j’ai envie de vous parler évoque précisément ce type de questions. Tara Brach est docteure en psychologie et enseignante bouddhiste. Je l’ai découverte via ses podcasts (en anglais), et ils m’ont tellement plu que j’ai enchaîné avec ce livre. Je suis en train d’en relire des passages : dans des périodes de changement ou de stress, il me recentre.

Tara Brach développe le concept d’acceptation radicale, avec le double éclairage de nos modes de vie contemporains, et du bouddhisme.

L’acceptation radicale, ce n’est ni la passivité (je n’ai qu’à accepter la situation sans rien y changer), ni un moyen de se trouver des excuses (je suis comme ça, je n’y peux rien). C’est simplement prendre acte de ce qui est à un instant T, notamment sur un plan émotionnel. “Je me sens incertain.e, impuissant.e ; j’éprouve une douleur physique forte ; j’ai envie de manger une autre tablette de chocolat ; ou encore je me sens joyeux.se, heureux.se… “ Ou encore : “Je me suis mise en retard sur mes chroniques, je me sens bloquée et pas la hauteur, aïe !

“Accepter, ce n’est pas dire : “c’est bien”, mais “c’est là.””

Nous avons parfois l’habitude de nous faire subir une forme de maltraitance émotionnelle. Non seulement nous souffrons de quelque chose, mais en plus nous nous en voulons de ressentir ce que nous ressentons.

Nous sommes jaloux.se et nous nous jugeons de cette jalousie que nous trouvons condamnables, mesquine. Nous ne voulons pas qu’elle soit présente en nous. C’est aussi s’arc-bouter, nier, refuser certains aspects du réel, d’une situation extérieure ou intérieure, en voulant la contrôler absolument ou en essayant de la fuir.

“De fait, on a vite le sentiment que si l’on ne maintient pas l’habituelle vigilance que constituent la pensée, le jugement et l’anticipation, il va nous arriver une tuile. Alors que c’est cette habitude même qui nous piège à demeure dans la résistance à la vie. C’est seulement lorsque nous avons réalisé qu’il est impossible de rester accroché à tout que nous pouvons commencer à relâcher les efforts consacrés jusque-là au contrôle de notre expérience.”

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Or paradoxalement, c’est lorsque nous acceptons la réalité de ce qui se passe, de ce que nous pensons ou éprouvons, que nous parvenons vraiment à changer, bien plus que lorsque nous le nions ou le combattons.

“L’acceptation est un préalable, un préalable à toute forme d’action lucide et efficace, la première étape d’un processus parfois long et complexe d’insertion dans le réel et d’action sur lui.”

Les deux « ailes » de l’acceptation sont l’attention et la compassion. L’attention est ce qui nous permet d’éclairer la réalité de ce qui se passe, en nous et hors de nous. Faire attention à nos ressentis, zones de tension physiques ou mentales, est le point de départ.

“Notre présence attentive est ouverte et inconditionnelle : nous sommes prêt à accompagner ce qui survient, quoi que ce soit, même si nous souhaitons que la douleur se dissipe, même si nous préférerions faire autre chose. (…) Parce que nous ne falsifions pas notre expérience, la pleine conscience nous permet de voir la vie “telle qu’elle est””.

Mais il ne s’agit pas d’avoir une lucidité méchante, cynique ou juge, qui ne ferait qu’ajouter de la souffrance interne. D’où la seconde aile de l’acceptation : la compassion, qui nous rend bienveillant.e.

“La seconde aile de l’acceptation radicale est la compassion, c’est-à-dire notre capacité à nous relier avec douceur et bienveillance à ce que nous percevons. (…) La compassion honore notre expérience ; elle nous permet de nous trouver à l’unisson de la vie de l’instant tel qu’il est. La compassion rend notre acceptation sincère et complète.”

Les deux pans de cette attitude permettent de regarder une réalité parfois désagréables ou simplement inconfortable, et de découvrir en nous une réponse adaptée, neuve, propice au changement.

“Accepter la réalité du changement, accepter de ne pas savoir comment notre vie va désormais s’accomplir, c’est s’ouvrir à l’espoir, de façon à pouvoir avancer avec vitalité et volonté.”

Dans ce livre on parle de relations humaines, de désir, mais aussi de maladies graves, d’addictions, de décès, du réchauffement climatique. Tara Brach évoque ces sujets, face auxquels de nombreuses personnes ont pu lui demander : mais comment accepter ça ? Que signifie « l’acceptation radicale » face à quelque chose d’aussi grave ? Le fait qu’elle inclut, plutôt que n’évite, ces sujets et leur difficulté contribue à la portée du propos.

Chaque chapitre se conclut par par une proposition de méditation guidée à pratiquer chez soi en lien avec une thématique d’acceptation. Entre le livre de spiritualité, de psychologie et de développement personnel, il puise dans différentes sources de sagesse pour constituer une vision de l’existence bienveillante.

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G.C.

L’acceptation radicale, Tara Brach. Préface de Christophe André. Traduit de l’anglais par Daniel Roche. Editions Belfond, 2016. Pocket, 2018.

Psychologue clinicienne et professeure de méditation depuis plus de trente-cinq ans, Tara Brach est la fondatrice de l’Insight Meditation Community de Washington. Après avoir vécu dix ans dans un ashram et étudié auprès de Jack Kornfield, elle a analysé les effets de la méditation sur le sevrage aux addictions. Elle vit en Virginie avec son fils et son mari.

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