Ce que murmurent les collines, Scholastique Mukasonga

Ce que murmurent les collines, Scholastique Mukasonga

« Pourquoi Viviane, même nue, porte-t-elle autour de la taille une cordelette où s’accroche un minuscule morceau de bois ? Et puis, entre la Bible et les aventures de Titicarabi, y a-t-il d’autres livres ? Le règne d’un roi peut-il nous être conté par une vache ? Et si l’on chasse de la colline celle sur qui s’accumulent les malheurs, chasser-a-ton grâce à ce bouc émissent le Malheur inhérent à la condition humaine ? Et si un fier destin attendait Cyprien le Pygmée, rejeté de presque tous ? »

Une rivière, une vache, un petit morceau de bois… sont autant de points de départ de ces nouvelles où s’enchevêtrent la vie individuelle et l’Histoire, la mémoire et les oublis, l’innocence et le tragique. Des textes ciselés où des courants d’histoires jaillissent à partir de ce qui semble être un détail.

C’est une narratrice qui replonge depuis son exil dans le souvenir des lieux de son enfance. Ou alors c’est un aïeul, chérissant rien tant que son unique vache, qui raconte à sa petite-fille les vies de personnages qu’elle pas connus, qu’elle ferait mieux d’oublier peut-être. Ou encore c’est le concile de femmes du village qui se réunissent pour échanger leurs visions sur l’origine du Malheur.

On traverse, par ces multiples regards, des périodes d’histoire charnières du Rwanda. L’arrivée des Belges avec leurs Bibles, leurs missionnaires, leurs fusils et décisions autoritaires sur ce qui doit ou ne pas doit être fait ; arrivée à laquelle, en écho, émerge la mémoire orale de récits pluriséculaires - réels ou inventés. Celles du roi Musinga, du chien Titicarabi, et de l’arbre Kivumu…

La première page nous fait nous tenir sur la rive de la rivière Rukarara ; dès la deuxième j’étais emportée par son courant. Les mots coulent, limpides, chaque nouvelle formant comme un affluent de cette vision en mouvement entre l’horreur et l’espoir, le détail et l’ensemble, le conte et l’histoire. Magnifique recueil.

G.C.

Ce que murmurent les collines, Shcolastique Mukasonga. Éditions Gallimard, 2014.

Scholastique Mukasonga, née au Rwanda, vit et travaille en Basse-Normandie. Son premier ouvrage, Inyenzi ou les Cafards, a paru en 2006 ; sa traduction américaine, Cockroaches, est nominée pour le Los Angeles Times Book Prize de 2016 dans la catégorie des autobiographies. Elle remporte en 2012 le prix Renaudot et le prix Ahmadou-Kourouma pour son quatrième roman Notre-Dame du Nil. Finaliste en 2015 du Dublin Literary Award et du Los Angeles Times Book Prize, elle est récompensée en 2014 par le prix Seligman contre le racisme et l'intolérance et en 2015 par le prix Société des gens de lettres pour Ce que murmurent les colline. Le prix Francine et Antoine Bernheim pour les lettres et les arts de la Fondation du judaïsme français a été attribué à Scholastique Mukasonga pour l’ensemble de son oeuvre en 2015.

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