Feminism is for Everybody, bell hooks - Chronique de Laetitia Mimoun

Feminism is for Everybody, bell hooks - Chronique de Laetitia Mimoun

J’ai récemment lu Feminism is For Everybody : Passionate Politics, un court essai féministe malheureusement pas encore traduit. Cet ouvrage m’a été recommandé alors que je cherchais à répondre à la requête d’un de mes managers qui, lorsqu’il a appris que je menais un club de lecture féministe, m’a demandé un bouquin d’intro pour savoir de quoi on y parle. Avant de partager, il fallait bien savoir de quoi ça parlait. Et puis, il était grand temps que je lise un des livres de bell hooks !

Ce texte me fait un peu penser à un « Que sais-je » du féminisme : un livre d’introduction hyper accessible, un texte relativement simple mais qui couvre les principaux enjeux du combat féministe ainsi que leur histoire : le corps, la solidarité féminine, le couple, le lesbianisme, les relations entre genre, race et classe sociale, le travail, l’éducation, la politique, le mariage, les standards de beauté… En quelques mots, l’autrice annonce d’ailleurs la couleur : 

« Je voulais avoir entre mes mains un petit livre tel que je puisse dire : lis ce livre et il te dira ce qu’est le féminisme, ce qu’est ce mouvement. […] Je voulais qu’ils aient une réponse qui soit ancrée ni dans la peur ni dans le fantasme. Je voulais  qu’ils puissent lire encore et encore cette définition pour qu’ils sachent : "Le féminisme est un mouvement cherchant à mettre fin au sexisme, à l’exploitation sexiste et à l’oppression." » (ma traduction, p. viii)

Ce qui m’a le plus marqué dans ce livre, c’est la simplicité des arguments. Ça va droit au but et c’est efficace ! Le livre se lit rapidement, en une succession de chapitres courts, ce qui en fait un outil éducatif particulièrement pratique. J’avais l’impression d’entendre l’autrice m’expliquer clairement des arguments que j’ai d’habitude du mal à expliquer. On se sent aussi sollicitée pour pousser sa propre réflexion féministe plus loin, pour progresser et réfléchir à des questions qu’on avait jusqu’alors un peu laisser de côté (personnellement, en particulier sur les standards de beauté et l’intersection race et genre). 

J’ai beaucoup apprécié l’explication historique de certains arguments féministes qu’on peut avoir du mal à comprendre aujourd’hui comme "Le féminisme en théorie, le lesbianisme en pratique". bell hooks défend d’ailleurs le couple hétérosexuel et sa capacité à changer les choses, avant tout car le féminisme a besoin de toutes les femmes mais aussi des hommes pour gagner son combat.

Bien sûr, cet ouvrage a aussi ses limites. D’abord, il faut replacer le personnage : bell hooks est une féministe radicale noire américaine et une figure de proue de la troisième vague et du courant intersectionnel. Du coup, le texte reflète aussi cette idéologie et sa compréhension est ancrée dans le contexte socioculturel et historique des Etats-Unis. Cela fait qu’on se retrouve aussi parfois avec des passages comme celui-ci qui peuvent paraître radicaux aux yeux de certain.e.s lecteurs.rices : « Dans la culture occidentale patriarcale capitaliste suprémaciste blanche, la pensée néocoloniale donne le ton à de nombreuses pratiques culturelles. » (ma traduction, p.44).

Un autre souci pour celles et ceux qui comme moi craignent le pouvoir de la rhétorique : il s’agit d’un essai qui se veut d’introduction donc il n’y a aucune référence. A compléter par d’autres ouvrages de l’autrice, tels que Feminist Theory: From Margin to Center (1984) et All About Love: New Visions (2000), si on le souhaite.

Je vous laisse sur ce passage qui peut sembler pertinent dans le contexte actuel : 

« Ce dont on a besoin, et dont on avait [déjà] besoin, c’est d’une vision de la masculinité au sein de laquelle l’identité est basée sur l’estime et l’amour de soi et de son unicité. Les cultures de domination endommagent l’estime de soi, la remplaçant par l’idée que notre sens de soi dérive de notre domination sur l’autre. La masculinité patriarcale apprend aux hommes que leur sens de soi et leur identité, leur raison d’être, reposent sur leur capacité à dominer les autres. Pour changer ceci, les hommes doivent critiquer et questionner la domination masculine sur la planète, sur les hommes moins puissants, sur les femmes et les enfants. Mais ils doivent avoir une vision claire de ce qu’est une masculinité féministe. Comment peut-on devenir ce qu’on ne peut imaginer ? » (ma traduction, p.70).

Laetitia Mimoun

Feminism is for Everybody, bell hooks. Edition originale : 2000

À lire aussi sur le blog : la chronique de Ne suis-je pas une femme, de bell hooks.

Autrice et activiste féministe africaine-américaine née dans le Kentucky, bell hooks a été marquée dans son enfance par les lois de ségrégation raciale, notamment en allant dans une école publique réservée aux Noir·e·s. Influencée par la pédagogie de Paulo Freire, elle enseigne l’anglais, l’histoire africaine-américaine et les études féministes dans différentes universités. Elle a écrit sur de nombreux sujets comme la pédagogie, la sororité, la restauration de l’estime de soi, l’impérialisme blanc, la culture populaire…

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