Mary Poppins, Pamela Lyndon Travers

Mary Poppins, Pamela Lyndon Travers

SUPERCALIFRAGILISTIKEXPIALIDOUCIOUS à vous ! Mary Poppins, ce sont pour moi l’élégance piquante de Julie Andrews et les aventures merveilleuses que vivent en dessin animé les jeunes Jane et Michael Banks dans le film de 1965. Et puis c’est « ce mot trop long et parfaitement atroce » que l’on n’a pas moins envie de s’acharner à apprendre par coeur sitôt le film fini !

Après avoir vu Dans l’ombre de Mary (Saving Mr Banks), le film de 2013 qui raconte l’histoire de la collaboration pas toujours simple entre Walt Disney et Pamela L. Travers pour l’adaptation du livre. En creusant un peu la question de la véracité du film, on tombe sur plusieurs articles qui expliquent que l’histoire est plus sombre que ça. Le film raconte l’histoire en dorant la légende de Disney, omettant bien de nombreux aspects de la vie de Pamela L. Travers ; et en créant un « happy ending » loin de la réalité.

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SPOILER : le film Dans l’ombre de Mary présente l’autrice pleurant, apparemment de soulagement, lors de la première du film. Or si Pamela L. Travers a effectivement pleuré lors de la première, c’est plutôt sous le choc de la déception. Elle écrira plus tard : « Tout était si déformé que des larmes coulaient sur mes joues… Le choc était si grand que je sentais que jamais plus je n’écrirai ni ne sourirai ! » (« Tears ran on my cheeks because it was all so distorted … I was so shocked that I felt I would never write, let alone smile, again! »). FIN DU SPOILER

Ajoutons que par là-dessus que j’ai été loin de bouder mon plaisir devant Le Retour de Mary Poppins. Il m’a paru trouver un équilibre joyeux entre rejouer l’adaptation de 1965 et écrire une séquelle. Avec des points intrigants ou des défauts, il n’en a pas moins des séquences réjouissantes qui m’ont fait l’effet de bonbons pour les yeux.

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En voilà une longue introduction pour parler… du livre ! Si vous êtes comme moi, vous avez probablement plus été familier.e des films que de l’original. Alors voilà, avec toutes ces contradictions, cet amour pour le Disney des années 60 et le remake, cette tristesse de voir que l’histoire de l’adaptation a été celle d’un rapport de force où Pamela L. Travers a semble-t-il perdu des plumes… j’avais vraiment envie de découvrir son écriture à elle.

Eh bien, aucune déception.

Il y a là-dedans une fantaisie et une poésie dont on comprend qu’elles ont inspiré Walt Disney. L’histoire suit un découpage en épisodes. Chaque chapitre est une aventure improbable où les enfants sont embarqués avec leur gouvernante aussi élégante qu’irascible.

Chez l’oncle Albert. Illustration de Mary Shepard

Chez l’oncle Albert. Illustration de Mary Shepard

On retrouve des épisodes qui ont été adaptés presque à l’identique (les fous rires qui font flotter l’oncle Albert au plafond, Ô que j’aime cette scène !) ; d’autres réécrits pour les besoins du scénario. Et plusieurs ont été de totales découvertes. Mes préférés : La Boutique aux étoiles (les pains d’épices les plus magiques ?) ; Mademoiselle Lark et son Népomucène (où Mary Poppins parle au brave petit chien) ; et surtout John et Barbara. Ces deux là sont les deux autres enfants de la famille Banks ! Ils sont des jumeaux et on découvre que, comme tous les bébés de moins d’un an, ils ont des pouvoirs particuliers. À noter, dans le côté qui a vieilli - le chapitre de La Boussole magique qui véhicule des clichés un peu gros sur les cultures aux quatre coins du monde.

Concernant le personnage de Mary Poppins, on comprend que l’autrice ait pu avoir du mal avec l’adaptation filmique. La Mary Poppins originale paraît bien plus mystérieuse et réelle à la fois, ses angles sont plus acérés que ceux des héroïnes Disney. Elle n’est pas vraiment… sympathique; du moins, avec difficulté. Un petit côté Sherlock en mode gouvernante ? Ses marques d’affection sont non seulement rares mais même inquiétantes du point de vue des enfants (la voir gentille est signe de quelque chose de louche). Elle est d’une coquetterie plus appuyée, ne dédaignant aucun miroir. Elle boude et s’offense à tout bout de champs, surtout les jours où elle avait mis « sa jaquette bleue à boutons d’argent et le chapeau bleu qui allait avec : lorsqu’elle portait ce genre de toilette, elle se vexait toujours pour un rien. » Enfin, sa magie m’a semblé encore plus spéciale dans le livre. Et sur moi, elle opère : j’ai envie de lire les autres livres de la série (en anglais cette fois peut-être, pour le plaisir d’imaginer l’accent de cette gouvernante britannique) !

G.C.

Mary Poppins, Pamela Lyndon Travers. Traduit de l’anglais par Vladimir Volkoff. Hachette 1963 pour la traduction. Editions Livre de Poche jeunesse, 2018. Parution originale, 1934.

Pamela Lyndon Travers, de son vrai nom Helen Lyndon Goff, est née le 9 août 1899 à Maryborough en Australe, dans une famille d’origine irlandaise. EN 1924, elle s’installe en Angleterre et poursuit une carrière de journaliste, de danseuse et d’actrice de théâtre. La parution de Mary Poppins en 1934 fut son premier succès littéraire. Elle écrivit ensuite une série de cinq autres livres mettant en scène ce personnage. Pamela Lyndon Travers est morte à Londres en 1996.

Le jardin arc-en-ciel, Ogawa Ito

Le jardin arc-en-ciel, Ogawa Ito

Desk, Claire Wendling

Desk, Claire Wendling