Desk, Claire Wendling

Desk, Claire Wendling

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Petite, si j’avais eu les carnets de croquis de Claire Wendling entre les mains, il est probable que je me serais dit : « Quand je serai grande, je veux dessiner comme Claire Wendling ! » (ça n’aurait pas forcément arrangé mon affaire puisque je poursuivais en même temps des maîtres.se.s à dessiner très différents, de Gotlib à Don Rosa en passant par Miyazaki et tout Pixar ; le tout saupoudré d’un amour pour les Shadoks, entre autres).

Ado, j’avais l’impression qu’il y avait de styles de dessin « de filles » et « de garçons ». Moi qui aimais dessiner, ça m’inquiétait : est-ce que j’étais condamnée à dessiner « comme une fille » ? Et qu’est-ce que ça voulait dire ? Faire des formes plus rondes, des traits « doux », s’intéresser à ce qui est « joli », voire « ornemental » ? Ça n’a pas de sens.

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Il faut dire que sur les forums sur lesquels je traînais, il y avait effectivement des filles qui dessinaient des fées et des garçons qui dessinaient des robots. Pas uniquement bien sûr, mais ça suffisait à créer des tendances. Il y a quelques jours, j’entendais une femme ayant travaillé dans le cinéma d’animation raconter qu’on lui avait déjà fait la remarque : « Tiens c’est marrant, tu n’as pas un style « de fille » ! »

Aujourd’hui, je pense que la maîtrise d’un art n’a pas de genre. Que ce soit dans l’écriture ou le dessin (ou le management, tiens !!), c’est juste la maîtrise. Un style émane d’une personne, de la combinaison de sa compétence technique, de ses outils, de ses intérêts propres.

Et donc, tout ça pour vous parler de Claire Wendling, qui, vraiment, maîtrise ! Je suis tombée sur ce carnet dans une librairie par hasard il y a quelques jours. Il reproduit des études et croquis d’animaux et créatures. Dans sa préface, Mike Mignola, dessinateur de comics américain, écrit :

« Bon, comment elle fait, Claire Wendling ? J’y réfléchis depuis quelques jours et la seule réponse que je puisse trouver, c’est ça : elle sait dessiner, c’est tout. »

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Et de poursuivre : « je sais qu’ici aux États-Unis, elle est considérée comme « une artiste dont les artistes sont fans ». Les animateurs et les meilleurs auteurs de bandes-dessinées la connaissaient et adorent son oeuvre. Les gars qui dessinent tout le temps reconnaissent ce qu’elle sait faire et la révèrent parce que la plupart d’entre nous ne peuvent pas - et ne seront jamais capables de - faire ce qu’elle fait. »

Comment comprend-on le mouvement, les masses, les attitudes d’êtres vivants complexes ? C’est comme si elle avait regardé longtemps des chevaux et s’était dit - ok, c’est bon, je vois. J’ai la structure du cheval dans l’oeil - de face, de dos, de profil, en train de se cabrer. Ah et puis celle du lion aussi, avec ses muscles et tendons, le chaloupé de son étirement, ce qu’il faut de détails pour que ce soit réaliste et ce qu’il faut d’épure pour que l’esquisse soit vivante.

D’ailleurs, elle le dit elle-même :

« La chose la plus importante est de visualiser dans sa tête les gestes, les mouvements des corps ou des animaux. Et il y en a tellement que je n’arrêterai jamais d’apprendre. »

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Et puis les esquisses, c’est beau parce que c’est là qu’on perçoit la maîtrise à l’oeuvre, même lorsqu’on est novice. Dans l’épure des outils (du crayon ou de la sanguine sur du papier), on sent le fameux « coup de crayon ». Le geste se sent dans chaque trait. Il n’est pas encore passé par le contrôle de l’encrage, de la mise en couleur. Il n’a presque pas d’artifice, et nous laisse saisir en un regard le rapport entre un sujet (le lion, le corps, le cheval…) et le couple main-esprit qui s’en empare. Bref, on ne va pas rejouer une querelle de la supériorité de la couleur ou du dessin (même si, j’avoue, je me place du côté du dessin !).

Plein les mirettes, ce carnet, je vous dis !

G.C.

Desk, Claire Wendling. Guy Delcourt Production, 2006.

Claire Wendling est une illustratrice et une autrice de bande dessinée française, née à Montpellier le 6 décembre 1967.

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