JOUR 364 - Lud-en-Brume, Hope Mirrlees

JOUR 364 - Lud-en-Brume, Hope Mirrlees

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Ami.e amoureux.se de la Fantasy où gambadent des elfes, des trolls et des nains, passe ton chemin. Leur nez reste caché dans les pages d’autres romans.

Mais toi qui respires le mystère comme le bouquet d’un bon vin… Toi qui ne dédaignes pas l’entre-deux incertain, toi qui savoures la Comté comme cette ville de bons Hobbits aux larges pieds sur terre, mais conscients, malgré eux, de choses… à peine racontables… au-delà de leurs frontières…. Toi qui les apprécies et qui crains pour eux s’ils partent à l’aventure, approche. Le nom de Lud-en-Brume va appâter ta narine.

Lud-en-Brume est une cité marchande prospère au pays de Dorimare. Mais elle est aux frontières de la Faërie - encore qu’on ne sache plus exactement où se situe cette frontière - dont le nom est injurieux. Les fruits féeriques sont une drogue qui rend fou. Malgré l’interdiction d’en faire trafic, d’étranges phénomènes font penser qu’ils circulent sous le manteau… Le fils du maire, Ranulph, semble en avoir été victime. Nathaniel Chantecler, jusque là maire sans histoire et pragmatique, veut tout tenter pour sauver son fils.

La magie ici pointe son nez par des couleurs, une note de musique, le rire vert entendu dans une nuit d’été. Touche à touche, elle ajoute des lutins parmi les citoyens ; des fruits brillants au milieu des feuilles mortes. J’ai aussi lu les plus belles pages pour décrire une aurore. Et de nombreuses pages sont cornées pour relecture ultérieure…

Avec les personnages de Dorimare, on a presque de la comédie satirique de moeurs. L’intrigue confine à l’enquête, car plus les protagonistes tirent de fils, plus ils révèlent une tapisserie dont les secrets se nichent des décennies auparavant. Quant à l’approche du mystère, elle m’a parfois fait penser à Chrétien de Troyes. La poésie du langage est magnifiée par son ancrage dans la réalité des habitants de Lud-en-Brume, de bons commerçants n’aimant rien tant qu’un bon fromage de Persilune.

« L’archéologue avait également décelé des influences féeriques dans les serments dorimarites ainsi que dans certains de leurs noms. Et pour un étranger, entendre de tels serments devait d’ailleurs provoquer une curieuse impression : des expressions ampoulées telles que « Par le Soleil, la Lune et les Étoiles » ; « Par les Pommes Dorées de l’Ouest » ; « Par la Grande Faucheuse «  (…) se mêlaient à des jurons bien plus familiers, comme « Par les Pommes de Vénus » ; « Saperlotte » ; « Mille Putois «  ou « Par la Croupe de ma Grand-Tante ».

Humour et poésie, féerie évanescente et enquête improbable ; bijou inclassable de la littérature de l’imaginaire. Je le garde sur l’étagère, pour relecture ultérieure. Et si votre nez a mordu à l’hameçon, je vous en souhaite une belle lecture, avec un verre de gin parfumé au thym sauvage (boisson qui fait la célébrité du cellier du maire de Lud-en-Brume).

Dernière chose, si vous lisez comme moi la version française, ne commencez pas par la préface de Neil Gaiman : elle contient des spoils (comme souvent les préfaces…). Mais elle contient aussi des éloges qui achèveront de vous montrer le chemin jusqu’aux portes de la ville :

« Hope Mirrlees n’a écrit qu’un seul roman de fantasy, mais il compte parmi les plus beaux de la langue anglaise. (…) Voilà un roman véritablement prodigieux, adulte - dans le meilleur sens du terme - et qui, comme toute oeuvre de fantasy digne de ce nom, nous plonge dans un univers qui est loin d’être rassurant. », Neil Gaiman.

G.C.

Lud-en-Brume, Hope Mirrlees. Traduit de l’anglais par Julie Petonnet-Vincent. Editions Callidor, 2015 pour la traduction française. Livre de Poche, 2018. Publication originale : 1926.

Née en Angleterre en 1887, Helen Hope Mirrlees est une jeune femme de famille bourgeoise qui fréquente les cercles artistiques les plus réputés. Intime de William Butler Yeats, de T.S. Eliot ou de Virginia Woolf, elle s’adonne à l’écriture et trouve sa voie dans la poésie et les romans. C’est seulement en 1970 que Lin Carter, un éditeur américain spécialiste de fantasy, décide de republier son roman daté de 1926 : Lud-en-Brume.

JOUR 365 - 20 livres chouchous de l’année 2018

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